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Fragments écrits - Journal

J’aime les garçons qui savent comment je m’endors

Une levée, sur cette levée un train qui file. À gauche l’autoroute, à droite les collines finissantes annonçant la plaine. Je pars. Peut-être pas tout à fait, pas entièrement. Je veux dire qu’il y a un peu de moi ici. J’ai pourtant vérifié trois fois la valise, mon portefeuille et ma trousse de toilette, je n’ai rien oublié. Ma tête est bien sur mes épaules, mes doigts au bout de mes paumes, mes jambes fichées dans mes pieds. Je n’ai rien oublié. Mon corps non plus ; mais il est là question de mémoire.

De mes bagages je n’ai rien oublié et je me refais le film des jours passés. Lui que je trouve brillant, son indissociable complice que j’estime, ses amis et les miens que j’ai plaisir à revoir. Les lieux me sont familiers, les personnes aussi pour la plupart. Malgré cela je me sens gauche : je reconnais quelqu’un mais n’ose pas lui adresser la parole, je parle de mon travail alimentaire avant de dire ce qui me fait vibrer, j’esquive dès qu’il s’agit d’envisager un projet plus à ma hauteur. Un dossier de candidature pour le « Nobel du manque de confiance non feint » au milieu duquel j’arrive à trouver une énergie que je ne m’explique toujours pas. Je me refais le film des jours passés, des années aussi, je vois l’énorme avancée depuis quelques mois et j’ai conscience que je suis en train de poser des actes radicaux.

Ce matin au café j’ai senti ma respiration se bloquer et se relâcher par à-coups. Il m’a regardé et m’a souri car il sait tout de ce qui me traverse, de ce que raconte ce corps dont je ne sais toujours bien quoi faire, de ce que je vaux sans doute aussi. J’ai l’impression que tout est transparent pour lui, je ne peux rien cacher de cette lutte perpétuelle pour arriver à me dire « je suis légitime ». Il sait mais n’en dit pas trop ; comme lorsqu’au moment de sombrer dans le sommeil mon cerveau se débranche par paliers, comme lorsque je porte le regard sur n’importe quel objet insignifiant pour en faire l’analyse. La tête comme une essoreuse qui ne s’arrête qu’à la nuit tombée. Il sait comment je m’endors, j’aime les garçons qui savent comment je m’endors. Je devrais écrire cela sur mon CV ou un site de rencontres.

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