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Fragments écrits

L’espace du rien

L’exposition traite de choses qui ne racontent rien, qui n’ont pas de significations et parce qu’elles n’en ont pas prennent tout leur sens. Il s’agit de formes moulées, faites de verre optique pur et à travers lesquelles on voit l’autre bout de la salle. Du rien immaculé et dans le champ de vision les formes palpables sont agrandies ou rétractées. Et quand je dis palpables je sais que le visage que je vois de l’autre côté l’est étant donné que je l’ai déjà touché – et je me rappelle que c’était agréable, voilà qui n’est pas rien. Mais au milieu il n’y a rien, du vide comme tout autour. Ce rien m’amuse, peut-être d’ailleurs que le rien m’attire et qu’à travers le verre, de mes lunettes celui-là, le rien prend une forme que je ne saurais peut-être pas expliquer. Il est certain qu’à travers je ne vois pas toujours, je ne reconnais pas de temps en temps et je sur-observe le rien commun.

Sans doute aussi que le rien que voient les gens est quelque chose pour moi. J’aime les causes perdues, les endroits qui ne servent à rien sur un plan et qui de ce fait ont des choses à raconter. Le vide c’est l’indéterminé, la page blanche, la perspective même. Il y a quelques semaines Guillaume me demandait où je voudrais vivre. Mon argument principal relevait de la forme de la ville. Non du plan ou de l’esthétique mais de l’espace du rien. J’ai besoin de vide pour penser, pour dessiner mes cartes mentales, pour sentir presque les respirations des bâtiments juxtaposés comme dans un grand corps. Ce faisant je ne sais pas où je veux vivre ni ce que je veux faire de ma peau. Un rien de certitudes, la valeur que je ne vois pas et le trop-plein de mon esprit aussi.

Le tuyau de l’orgue, le ciel plus large que la rue, le flacon du laboratoire d’analyses, l’espace entre lui et moi, du vide qui n’est pas vain parce qu’il ouvre toutes les possibilités. Alors comme un gosse en constant éveil je continue de radiographier l’espace pour voir ce qui se cache derrière le rien et je me dis que c’est bien.

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