Pierre Székely à Granville

« Depuis mon enfance, je suis fasciné par le Soleil, la Lune, l’espace et la matière. Je suis devenu sculpteur, mais j’aurais pu devenir architecte ou astronome. »

En 1975, au même moment où il obtient de réaliser ‘Variation sur les armes’ au lycée Julliot-de-La-Morandière de Granville, Pierre Székely revient, dans la revue Leonardo, sur l’expérience de ‘La Dame du lac’ à Évry. Le sculpteur franco-hongrois élève un imposant mur de béton dédié à la pratique de l’escalade. Palpable, saisissable littéralement, l’œuvre totémique des rives du lac est un événement dans le paysage. À Granville, la radicalité de l’artiste est dans tous les esprits, dans chaque espace du débat et dans la moindre opinion. Alors que le 1 % artistique est vécu comme une obligation légale presque contrainte, voire éloignée des intérêts locaux, la délégation aux arts plastiques consent, avec un cortège de précautions et de mises en garde, à ce que le projet de décoration de la cité scolaire ne soit pas seulement l’œuvre d’un homme, mais un projet de conception collective sans que soit trahie l’intention du sculpteur. Nous sommes alors en 1977, l’œuvre doit être installée l’année suivante.


En façonnant le granit par le feu et par des moyens mécaniques, Székely joue d’une érosion instantanée à rebours de la longue découpe permise par la nature. Il joue ici sur la synthèse d’un processus de plusieurs millions d’années. Extraite dans la commune proche de Saint-Michel-des-Loups, la pierre est agencée selon ce que l’artiste et les participants locaux ont souhaité. La ‘Variation sur les armes’ est précisément une mise à plat du blason de Granville, l’épée d’argent s’élevant dans le ciel et laissant graviter autour les nuages et les astres. Certains ont vu dans l’œuvre le passé glorieux de la cité corsaire ou l’attribut d’académicien de Léon Julliot de La Morandière. D’autres, un appel au pacifisme alors que le monde est balloté par les guerres. Sans doute faut-il relire ici la citation de 1975, simplement accepter de s’abandonner à l’œuvre face à la nature et à l’univers. Cette dernière possibilité est précisément, et de nouveau, esquissée par Pierre Székely en juin 1978.

Un nouvel apport, et non des moindres, aux recherches que je poursuis sur l’art public. Dans le cas de Székely, j’ai commencé à creuser à son sujet voilà plus de six ans.

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