L’abbaye des Fontenelles à La Roche-sur-Yon

Article écrit en qualité de correspondant pour Ouest-France et PUBLIé le 20 mars 2017 :

Depuis son édification en 1210, elle a connu guerres, pillages, et incendies. Mais elle s’est toujours relevée. Méconnue, l’abbaye des Fontenelles mérite attention.

Huit siècles qu’elle dresse ses hautes fenêtres ébrasées dans la vallée du Guyon entre Saint-André-d’Ornay et Venansault. Fondée à l’aube du XIIIe siècle par le seigneur de Talmont, Guillaume de Mauléon et son épouse Béatrice de Machecoul, l’abbaye des Fontenelles est le témoignage architectural le plus ancien de l’histoire de La Roche-sur-Yon. C’est à côté de plusieurs sources aux propriétés médicinales longtemps reconnues que le vaisseau de granit a été bâti. Occupée à l’origine par les chanoines réguliers de Saint-Augustin, l’abbatiale a subi les affres de la première guerre de Religion avant de renaître et décliner plusieurs fois jusqu’au coup fatal porté par les colonnes infernales en 1794.

Des taxes et des terres

L’abbaye des Fontenelles était assurée d’un rayonnement certain grâce aux différents droits accordés par la charte de fondation. Ainsi, les moines bénéficiaient de nombreuses terres, d’une partie de la forêt voisine, de toutes les redevances des marchés de La Roche-sur-Yon, des droits sur le grain à La Roche-sur-Yon et sur la boucherie au Poiré-sur-Vie.

Jusqu’au XVe siècle, l’abbaye abrita une quinzaine de religieux avant de décliner progressivement. Malgré cela, l’abbaye a su garder un rôle important comme en témoigne la richesse des ornementations décrites en 1790.

Le prieur de Mornac fait alors état de cinq autels, d’un chœur décoré de huit colonnes imitant le marbre, de très nombreuses statues, guirlandes, éléments en bronze etc. L’ensemble du site est alors composé de l’église, des bâtiments monastiques et agricoles, d’une infirmerie ou encore de locaux pour les domestiques. Profitant de la réputation miraculeuse du lieu, le prieur Mornac proposa de transformer l’abbaye en centre thermal. Les autorités nationales préférèrent vendre les Fontenelles.

Le plus beau trésor de l’abbaye des Fontenelles est sans aucun doute le tombeau de Béatrice de Machecoul ou de sa fille Jeanne de Thouars. Dans une niche creusée dans le chœur, le monument de calcaire reprend les codes du style gothique francilien de la moitié du XIIIe siècle.

Abbaye des Fontenelles, tombeau de béatrice de Machecoul La Roche-sur-Yon

Un chef-d’œuvre gothique angevin

Entouré de multiples sculptures, le gisant voit ses pieds reposer sur un lévrier, symbole de fidélité. Une des légendes de l’abbaye raconte que Béatrice, rendue jalouse par la perte de son mari et de son fils, mangeait le coeur des enfants des environs. S’étant rendue compte de sa cruauté, elle expia ses pêchés en marchant sur un chemin d’épines et mourut aux Fontenelles.

Depuis la Révolution, le site a connu de nombreuses dégradations dont l’effondrement d’une voûte de l’église, en 1935. Classée monument historique en 1948, l’abbaye des Fontenelles est un monument caractéristique du style gothique angevin, à mi-chemin entre les murs massifs de l’architecture romane et la silhouette élancée des monuments gothiques.

En 1992, l’architecte des bâtiments de France, Jacques Boissière, n’hésitait pas à parler de « plus bel ensemble de voûtes de cette période du département. » Tout en ajoutant que « la conservation de cet édifice est importante pour la compréhension de l’histoire de l’architecture régionale ».

La toiture de l’abbaye a fait l’objet d’une réfection complète autour de 1975. Cette réfection a consisté à couler une dalle de béton par-dessus les voûtes et à recouvrir l’ensemble de tuiles. Or, la végétation a depuis colonisé de nombreux espaces au point de nuire à l’étanchéité et de fragiliser l’édifice. C’est cette fragilité qui a conduit les services de l’État à fermer l’accès des Fontenelles au public en 2002.

Retour en vidéo sur deux reportages et une chronique consacrés à ce joyau du patrimoine médiéval de La Roche-sur-Yon :

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