{"id":928,"date":"2025-09-08T18:53:11","date_gmt":"2025-09-08T16:53:11","guid":{"rendered":"https:\/\/williamchevillon.fr\/?p=928"},"modified":"2025-09-08T18:59:48","modified_gmt":"2025-09-08T16:59:48","slug":"larchitecture-comme-matiere-vivante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/williamchevillon.fr\/index.php\/2025\/09\/08\/larchitecture-comme-matiere-vivante\/","title":{"rendered":"L&rsquo;architecture comme mati\u00e8re vivante"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pr\u00e9face des m\u00e9moires de l&rsquo;architecte Guy Durand, publi\u00e9es en 2025 aux \u00e9ditions du Centre Vend\u00e9en de recherches historiques<\/h2>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par William Chevillon, chercheur en histoire de l&rsquo;art<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est des architectures du quotidien qui demeurent pr\u00e9sentes \u00e0 l\u2019esprit. Des b\u00e2timents qui, m\u00eame lorsque l\u2019on n\u2019y p\u00e9n\u00e8tre gu\u00e8re, sont des signaux devenus inh\u00e9rents au paysage. Des architectures m\u00e9morables alors que leurs fonctions administratives, hospitali\u00e8res ou culturelles s\u2019inscrivent dans l\u2019habitude. Dans une certaine mesure, le parcours de Guy Durand traduit cette id\u00e9e. Sans doute fallait-il s\u2019\u00eatre fondu dans le lin\u00e9aire urbain yonnais pour faire \u00e9voluer sans la rompre la trame aust\u00e8re l\u00e9gu\u00e9e par les ing\u00e9nieurs des Ponts et chauss\u00e9es, concepteurs de la ville nouvelle de La Roche-sur-Yon au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. En 1968, Guy Durand s\u2019y essaye avec son compagnon de carri\u00e8re Yves M\u00e9nard. Tous deux signent alors les plans de la nouvelle biblioth\u00e8que du chef-lieu vend\u00e9en. Le regard port\u00e9 vers les pays nordiques, Guy Durand, avec ce projet, inverse la composition, bouleverse l\u2019ordre de la ville. Exit les \u00eelots norm\u00e9s aux cours invisibles derri\u00e8re les fa\u00e7ades b\u00e2ties sur les contours. L\u2019architecte ouvre un jardin sur la rue et construit un b\u00e2timent o\u00f9 la mati\u00e8re brute agit comme un appel. Un navire de b\u00e9ton, l\u00e9ger et perc\u00e9 de larges baies, \u00e9mousse alors un angle du quadrillage napol\u00e9onien. Corset\u00e9e dans son damier, la ville l\u2019est encore au cr\u00e9puscule du si\u00e8cle et, en 1994, lorsque l\u2019agence Durand-M\u00e9nard-Thibault sort de terre la salle du Man\u00e8ge, La Roche-sur-Yon semble d\u00e9couvrir la rondeur sans que cela puisse choquer. Les architectes viennent alors de cr\u00e9er l\u2019\u00e9v\u00e9nement qu\u2019il fallait \u00e0 la ville. Ce faisant, ils ont courb\u00e9 une rue, jou\u00e9 avec le plan sans en casser la forme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>H\u00e9ritage et ouvertures<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n\u2019y a pas de hasards dans l\u2019origine du parcours de Guy Durand, les fondements du pr\u00e9sent ouvrage sont d\u2019ailleurs ceux de sa propre vie. L\u2019enfance est le creuset des inspirations de la vie. Derri\u00e8re les fen\u00eatres de la rue Beaus\u00e9jour, \u00e0 La Roche-sur-Yon, une carri\u00e8re d\u2019architecte \u00e9clot doucement&nbsp;; une \u00e9mulation du quotidien dans l\u2019agence paternelle de Jean-Baptiste Durand, qui est aussi la maison de famille et le lieu de tous les apprentissages. Pudiquement, le livre pose cette \u00e9tape comme une base, il laisse entrevoir ce qui se trame dans l\u2019esprit d\u2019un enfant puis d\u2019un adolescent nourri par un environnement propice, et dot\u00e9 d\u2019une curiosit\u00e9 aiguis\u00e9e. Ces origines resteront d\u00e9terminantes, tout comme le socle familial o\u00f9 la fratrie, avec Jacques et Janine, a toujours compt\u00e9. Pour autant, un parcours comme celui qui est donn\u00e9 \u00e0 lire ne saurait \u00eatre r\u00e9ductible au seul espace du foyer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un d\u00e9sir d\u2019\u00e9mancipation guide Guy Durand. Il op\u00e8re alors un revirement en abandonnant les math\u00e9matiques pour l\u2019architecture. Dans les premi\u00e8res \u00e9tapes d\u2019une vie d\u2019\u00e9tudiant, ses quelques \u00e9conomies sont consacr\u00e9es aux voyages. Bien que la d\u00e9couverte d\u2019un ailleurs est depuis longtemps constitutive des parcours artistiques et intellectuels, la dimension des d\u00e9cennies 1950 et suivantes est port\u00e9e sur un rapport au monde grandement renouvel\u00e9. \u00c0 l\u2019heure de la d\u00e9colonisation et de l\u2019\u00e9mergence technologique, les \u00e9tats de fait chancellent. Le mod\u00e8le europ\u00e9en est remis en question. Aussi, le voyage n\u2019est plus le seul pr\u00e9texte pour \u00e9tablir un corpus d\u2019id\u00e9es esth\u00e9tiques. Il est le moyen de comprendre l\u2019ailleurs, de d\u00e9velopper de nouveaux concepts et de se d\u00e9faire des situations \u00e9tablies. Les voyages dont parle l\u2019auteur, en Gr\u00e8ce, au Japon, au Cambodge ou au Danemark, sont le signe d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration baroudeuse et curieuse. Plus encore, ils sont le sympt\u00f4me d\u2019un apprentissage de l\u2019architecture qui oscille entre les renouveaux p\u00e9dagogiques et la marche implacable du si\u00e8cle. N\u00e9cessaire, l\u2019ouverture forge l\u2019esprit et apporte un ensemble de r\u00e9f\u00e9rences sociales utiles \u00e0 l\u2019avenir. Ce mouvement est irr\u00e9m\u00e9diable tandis que le Prix de Rome est aux abois et que la refonte de l\u2019enseignement se greffe aux \u00e9v\u00e9nements de Mai 68. Guy Durand et les architectes de sa g\u00e9n\u00e9ration lancent leurs carri\u00e8res dans une p\u00e9riode o\u00f9 l\u2019art joue la radicalit\u00e9 et o\u00f9 la pens\u00e9e se montre incisive. C\u2019est l\u2019\u00e9poque d\u2019un Pierre Boulez projetant la musique dans une dimension quasi exp\u00e9rimentale ou d\u2019un Lucio Fontana introduisant la lac\u00e9ration dans ses peintures afin d\u2019en r\u00e9v\u00e9ler le caract\u00e8re tridimensionnel. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019architecture et de l\u2019urbanisme, la br\u00e8che ouverte en 1933 par la charte d\u2019Ath\u00e8nes ne cesse de susciter les passions. En conceptualisant une ville fonctionnelle, notamment avec un zonage rigoureux selon la typologie des constructions et usages, le Congr\u00e8s international d&rsquo;architecture moderne a largement influenc\u00e9 la fa\u00e7on de concevoir l\u2019espace urbain pour les d\u00e9cennies suivantes. Rationnelle, cette vision est appliqu\u00e9e autant qu\u2019elle est remise en cause. Ainsi, d\u00e8s les ann\u00e9es 1950, le groupe d\u2019architectes Team 10 souhaite op\u00e9rer une rupture avec un urbanisme jug\u00e9 trop norm\u00e9. Sans remettre en question tous les principes de la charte d\u2019Ath\u00e8nes, il s\u2019agit de porter l\u2019id\u00e9e d\u2019une ville qui ne soit pas une entit\u00e9 impersonnelle et qui puisse \u00eatre pens\u00e9e selon les caract\u00e9ristiques de son \u00e9poque. S\u2019il n\u2019existe pas d\u2019h\u00e9ritage th\u00e9orique pr\u00e9cis port\u00e9 par ce groupe, la notion d\u2019un urbanisme \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des n\u00e9cessit\u00e9s humaines plus qu\u2019\u00e9conomiques infuse grandement. D\u2019un point de vue philosophique, Gilles Deleuze et F\u00e9lix Guattari portent le fer et abondent dans le sens d\u2019un espace per\u00e7u comme une mati\u00e8re brute propre \u00e0 recevoir les identit\u00e9s de chaque individu<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Per\u00e7ue comme mall\u00e9able, la ville devient le lieu de tous les concepts, de toutes les possibilit\u00e9s. Une utopie que confirme Michel Foucault lorsqu\u2019il d\u00e9veloppe en&nbsp; 1967 la notion d\u2019h\u00e9t\u00e9rotopie, par laquelle l\u2019espace physique devient le terreau d\u2019un imaginaire aussi concret qu\u2019\u00e9volutif. Architecture libertaire ou bien rationnelle, les id\u00e9es fusent de mani\u00e8re incandescente. Elles s\u2019affrontent autant qu\u2019elles se compl\u00e8tent. Parfois per\u00e7u comme un lieu pour tous et par tous, l\u2019espace public est l\u2019objet de toutes les \u00e9mulations. Pour autant, les applications sont plus d\u00e9licates et seront, plus tard, sujettes \u00e0 une certaine pond\u00e9ration voire \u00e0 la critique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La remise en cause des pratiques et des savoirs est le seuil sur lequel se fonde Guy Durand lorsqu\u2019il pr\u00e9sente son dipl\u00f4me d\u2019architecte. C\u2019est l\u00e0 un point de rupture par rapport aux travaux de son p\u00e8re et au corpus d\u2019architecture de l\u2019entre-deux guerres dans lequel il a baign\u00e9. Un moment d\u2019\u00e9quilibre qu\u2019illustre l\u2019inspiration aupr\u00e8s du finlandais Alvar Aalto et du japonais Kenz\u014d Tange, repr\u00e9sentants de deux g\u00e9n\u00e9rations dont la contestation a cherch\u00e9 \u00e0 opposer les styles comme les id\u00e9es<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Ce n\u2019est probablement pas un hasard si Guy Durand et Yves M\u00e9nard ont v\u00e9cu Mai 68 avec un int\u00e9r\u00eat certain depuis leur r\u00e9duit vend\u00e9en, autant qu\u2019ils ont souhait\u00e9 mettre en pratique assez t\u00f4t leurs inspirations, notamment nordiques. En reprenant l\u2019agence de Jean-Baptiste Durand en 1968, les deux architectes associ\u00e9s ont rapidement cherch\u00e9 \u00e0 travailler selon une nouvelle m\u00e9thodologie en miroir des changements de la soci\u00e9t\u00e9 et des usages. Au fil des pages, Guy Durand en brosse les m\u00e9canismes. Parmi ceux-ci, le travail collectif autour de la Zone d\u2019habitation nord-est de La Roche-sur-Yon ou le fourmillement de l\u2019Atelier d\u2019architecture et d\u2019urbanisme qui, en liant les architectes avec une psychologue et deux g\u00e9ographes, veut aider \u00e0 mieux comprendre la ville pour r\u00e9pondre \u00e0 ses enjeux d\u2019am\u00e9nagement. Infusent ici les pratiques pluridisciplinaires qui ont cours depuis quelques ann\u00e9es. La concr\u00e9tisation a lieu dans des concours tels que celui, tout \u00e0 fait remarquable \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale, portant sur l\u2019am\u00e9nagement de la place Napol\u00e9on. Pas moins de 80 \u00e9quipes y r\u00e9pondent. Elles sont compos\u00e9es d\u2019architectes, urbanistes, sociologues ou encore artistes, dont certains noms qui demeureront parmi les acteurs majeurs d\u2019apr\u00e8s 1968. Parmi eux, figurent Roland Castro et Michel Cantal-Dupart qui, \u00e0 partir de 1981, animent la mission <em>Banlieue 89<\/em> destin\u00e9e \u00e0 repenser et \u00e0 am\u00e9liorer les grands quartiers d\u2019habitation \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie des villes. Une mission dont l\u2019esprit pr\u00e9figure en quelque sorte ce que sera ensuite la r\u00e9novation urbaine en tous points de l\u2019hexagone.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est \u00e9galement question de pluridisciplinarit\u00e9 lorsqu\u2019est rappel\u00e9 dans ce livre le r\u00f4le qu\u2019ont parfois occup\u00e9 des plasticiens et designers tels Bernard et Clotilde Barto ou encore Louis Soullard. \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019\u00c9tat entend promouvoir l\u2019introduction de l\u2019art dans les b\u00e2timents publics, notamment par le biais du 1 % artistique<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, des architectes tels Guy Durand et ses associ\u00e9s se saisissent \u00e9galement de l\u2019id\u00e9e et jouent la carte de la compl\u00e9mentarit\u00e9 des disciplines. En rapport avec le monde, l\u2019architecte l\u2019est davantage. Il y a l\u00e0 une marque de n\u00e9cessit\u00e9 et d\u2019un nouvel horizon dans la pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00catre architecte de son temps<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la veille comme \u00e0 la suite de la Seconde Guerre mondiale, la carri\u00e8re de Jean-Baptiste Durand est marqu\u00e9e par les n\u00e9cessit\u00e9s d\u2019am\u00e9nagements inh\u00e9rentes \u00e0 une ville moyenne de province devant r\u00e9pondre aux besoins de son d\u00e9veloppement ainsi qu\u2019aux exigences de l\u2019\u00c9tat. Du d\u00e9but des ann\u00e9es 1920 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960, celui que l\u2019on appelle \u00ab&nbsp;JBD&nbsp;\u00bb accompagne en effet le territoire dans un certain nombre de ses mutations. Au-del\u00e0 des demandes ponctuelles comme celle de construire des bains-douches en 1934, l\u2019intervention des minist\u00e8res est de plus en plus \u00e9vidente dans les politiques urbaines locales. Un changement de paradigme dont l\u2019illustration la plus \u00e9vidente est la loi Cornudet du 14 mars 1919 par laquelle les villes fran\u00e7aises de plus de 10&nbsp;000 habitants sont soumises \u00e0 la planification urbaine<a id=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>. \u00c0 des fins d\u2019hygi\u00e8ne, de coh\u00e9rence esth\u00e9tique, d\u2019ordonnancement des circulations\u2026 ce texte, et ses d\u00e9veloppements post\u00e9rieurs, poussent les municipalit\u00e9s \u00e0 penser un urbanisme rationnel et fonctionnel. Ainsi, l\u2019agence d\u2019urbanisme parisienne Danger est sollicit\u00e9e en 1935 pour d\u00e9finir un plan directeur des am\u00e9nagements futurs du chef-lieu vend\u00e9en. Voies de desserte et de contournement, \u00e9quipements scolaires et sportifs, rationalisation des hauteurs\u2026 le sch\u00e9ma urbanistique est \u00e0 la mesure d\u2019un enjeu devant courir sur plusieurs d\u00e9cennies. Les architectes locaux, dont Jean-Baptiste Durand, inscrivent leurs travaux dans cette logique publique doubl\u00e9e de l\u2019esprit moderniste et hygi\u00e9niste qui r\u00e8gne alors. Apr\u00e8s la guerre, la reprise de la planification urbaine est progressive. Architecte municipal et exer\u00e7ant sur le d\u00e9partement, Jean-Baptiste Durand est de ceux qui portent les projets publics touchant \u00e0 l\u2019habitat et \u00e0 la voirie. Son empreinte sur la ville est aussi durable qu\u2019elle pose les bases de ce que sera l\u2019expansion future de La Roche-sur-Yon. Il orchestre notamment la cr\u00e9ation du quartier de la Libert\u00e9 au sud de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le sillage de son p\u00e8re autant que m\u00fb par sa propre formation, \u00e0 son tour, Guy Durand est un architecte de son temps. De la fin des ann\u00e9es 1950 au milieu des ann\u00e9es 1970, c\u2019est une v\u00e9ritable ville nouvelle de 90 hectares, avec ses habitations, services, espaces publics\u2026, qui se juxtapose au c\u0153ur XIX<sup>e<\/sup> de La Roche-sur-Yon. L\u2019explosion d\u00e9mographique, qui voit la population de la ville presque doubler en vingt ans, conduit la municipalit\u00e9 et l\u2019\u00c9tat \u00e0 engager un vaste chantier de planification<a id=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. Notamment sous l\u2019influence du Commissariat g\u00e9n\u00e9ral du Plan, le pays cherche \u00e0 rationaliser son d\u00e9veloppement en tous points du territoire. Premi\u00e8re ville de Vend\u00e9e, La Roche-sur-Yon est en toute logique au c\u0153ur des aides apport\u00e9es et des obligations r\u00e9glementaires. C\u2019est ici un jalon majeur dans le parcours d\u2019un jeune architecte qui, avec ses confr\u00e8res de la m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration, met en \u0153uvre la construction d\u2019un vaste programme d\u2019habitat individuel et collectif dans&nbsp;la campagne directement au nord de la ville. \u00c0 la fin des Trente glorieuses, le temps de Guy Durand est celui de l\u2019urgence de construire logements, infrastructures et \u00e9coles, sans pour autant se d\u00e9faire de ses assises intellectuelles. La biblioth\u00e8que et l\u2019h\u00f4tel de ville de La Roche-sur-Yon en sont la d\u00e9monstration. L\u2019engagement avec Yves M\u00e9nard dans le Contrat de Ville moyenne et le Sch\u00e9ma directeur d\u2019am\u00e9nagement et d\u2019urbanisme le prouve bien davantage. Plus que de simples m\u00e9moires, il s\u2019agit ici d\u2019apporter un regard sur les politiques de la ville et les enjeux auxquels chaque architecte se retrouve confront\u00e9 alors que l\u2019urbanisme europ\u00e9en est en \u00e9bullition \u00e0 tous les niveaux&nbsp;; tant \u00e0 Paris, o\u00f9 les Halles d\u00e9fraient la chronique, qu\u2019\u00e0 Bologne, o\u00f9 la pens\u00e9e urbaine agit comme un manifeste politique et social.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce regard r\u00e9pond \u00e9galement \u00e0 ce que les communes plus modestes ont connu. L\u2019espace rural n\u2019est en effet pas en reste car, depuis l\u2019apr\u00e8s-guerre, les petites villes de cantons et bourgs vari\u00e9s connaissent un essor notable. Touch\u00e9e par des pratiques professionnelles de plus en plus secondaires et tertiaires, la vie en hameaux agricoles se recentre notamment sur le c\u0153ur des communes, n\u00e9cessitant la construction d\u2019infrastructures nouvelles. Le d\u00e9veloppement du mod\u00e8le intercommunal ne fera que confirmer cette tendance. Mairies, piscines, maisons de retraite, villages vacances, \u00e9coles, locaux commerciaux et industriels\u2026 les campagnes muent et l\u2019intervention de l\u2019architecte n\u2019y est plus exceptionnelle. \u00c0 Barb\u00e2tre, Chemill\u00e9 ou encore L\u2019Herbergement, le travail de l\u2019agence Durand le d\u00e9montre amplement. Dans un contexte de forte demande, et sous l\u2019influence des contingences propres \u00e0 chaque commanditaire, l\u2019heure est davantage au pragmatisme qu\u2019\u00e0 la radicalit\u00e9. H\u00e9ritiers de leur \u00e9poque, Guy Durand et ses associ\u00e9s appliquent pour autant des principes de constructions modernes tels le lamell\u00e9-coll\u00e9 et les modules de b\u00e9ton pr\u00e9fabriqu\u00e9s en atelier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Isol\u00e9, un architecte ne l\u2019est pas. Il n\u2019occupe pas plus le rang d\u2019un notable insaisissable ou omniscient comme il pouvait l\u2019\u00eatre parfois avant-guerre. Ce qu\u2019exprime Guy Durand dans son livre c\u2019est, au contraire, l\u2019id\u00e9e d\u2019un travail collectif et de projets port\u00e9s par l\u2019imbrication des visions et des talents. \u00c0 ce titre, le livre appuie sur l\u2019app\u00e9tence d\u2019Yves M\u00e9nard pour un relationnel d\u00e9velopp\u00e9. Par ailleurs, la diversit\u00e9 des commandes doit \u00eatre mise en parall\u00e8le avec l\u2019ensemble du r\u00e9seau local, de l\u2019\u00e9lu ou de l\u2019entreprise d\u00e9cisionnaire \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de ma\u00e7onnerie ex\u00e9cutante. Une demande qui contribue \u00e0 faire na\u00eetre une certaine technicit\u00e9 des entreprises vend\u00e9ennes, laquelle se confirmera dans le temps au gr\u00e9 des projets. \u00c0 l\u2019or\u00e9e des ann\u00e9es 1980, l\u2019arriv\u00e9e de G\u00e9rard Thibault dans l\u2019agence co\u00efncide avec une autre dimension, celle de la d\u00e9centralisation et de l\u2019affirmation des collectivit\u00e9s territoriales. \u00c9quipements culturels d\u2019importance et lieux de pouvoir traduisent ce changement d\u2019\u00e9chelle dans la pr\u00e9sence publique. L\u2019agence, elle aussi, change d\u2019envergure et multiplie ses implantations. Sans qu\u2019il soit question de regrets, Guy Durand revient sur les s\u00e9parations comme les transmissions. Il exprime comment le professionnel et le personnel se confrontent autant qu\u2019ils se compl\u00e8tent. Par l\u2019intime, il donne \u00e0 lire l\u2019architecture comme une mati\u00e8re vivante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019architecture au prisme du r\u00e9el<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par h\u00e9ritage autant que parce que les temps et pratiques l\u2019imposent, l\u2019agence compose \u00e9troitement avec les acteurs politiques et entreprises du territoire. Par leur ancrage, les architectes Durand, M\u00e9nard et Thibault c\u00f4toient leurs constructions presque quotidiennement. Comme un contrepied aux critiques parfois faites \u00e0 la profession, Guy Durand rappelle avoir fait l\u2019exp\u00e9rience de son architecture en y ayant v\u00e9cu. En outre, il reconna\u00eet les limites de certains projets et les difficult\u00e9s pour en mener d\u2019autres, laissant appara\u00eetre l\u2019\u00e9quilibre d\u00e9licat entre toutes les composantes aux int\u00e9r\u00eats parfois divergeants. Il con\u00e7oit son architecture dans le temps, avec tout ce que cela comporte. Il compose enfin avec la technologie qui bouleverse le m\u00e9tier et le change, peut-\u00eatre trop, au regard de sa formation. Il existe des architectures devenues identitaires au point d\u2019appartenir au paysage, et d\u2019autres que le concepteur voit dispara\u00eetre sans que la question de leur \u00e9volution ne se soit pos\u00e9e. Face \u00e0 cela, Guy Durand ouvre une r\u00e9flexion int\u00e9ressante aux lin\u00e9aments complexes, celle de la permanence de l\u2019\u0153uvre et de sa transmission. \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019architecture du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle entre dans sa phase de patrimonialisation, la conservation des strates historiques touche toutes les \u00e9chelles territoriales. Pr\u00e9server, sanctuariser, transformer\u2026 les r\u00e9ponses se montrent aussi diverses qu\u2019incertaines. Le professeur d\u2019histoire de l\u2019art Gilles Ragot le rappelle&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;[\u2026] contrairement \u00e0 un tableau ou une sculpture, l\u2019architecture est par essence une cr\u00e9ation inachev\u00e9e. Sans entretien r\u00e9gulier, toute construction se d\u00e9grade&nbsp;; mais, paradoxalement, toute intervention porte aussi en elle les germes d\u2019une alt\u00e9ration ou d\u2019une modification de la mat\u00e9rialit\u00e9 d\u2019origine.&nbsp;\u00bb <a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le livre de Guy Durand offre un regard interrogatif autant que prospectif, la nostalgie n\u2019est pas son propos. Loin de constituer les m\u00e9moires d\u2019un seul homme, il pr\u00e9sente une histoire en partage. Le lecteur y croise le chemin des architectes associ\u00e9s, ainsi que les pas du concepteur Pascal Mignon, de l\u2019entrepreneur de ma\u00e7onnerie Robert Naullet ou de la directrice d\u2019\u00e9cole Anne Valin. Une histoire en partage, \u00e0 l\u2019image d\u2019une architecture dont la pratique \u00e9volue en lien avec chaque p\u00e9riode et chaque interlocuteur. S\u2019agit-il de dresser le portrait d\u2019une vie&nbsp;? Certainement, mais c\u2019est avant tout un panorama factuel et sensible, un mat\u00e9riau utile aux chercheurs et curieux, un outil indispensable \u00e0 la compr\u00e9hension de six d\u00e9cennies exceptionnelles porteuses d\u2019une somme de mutations jusqu\u2019alors impens\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lien vers le site de l&rsquo;\u00e9diteur : <a href=\"https:\/\/www.histoire-vendee.com\/ouvrage\/darchitecture-en-architecture-memoires-dun-architecte-vendeen\/\">https:\/\/www.histoire-vendee.com\/ouvrage\/darchitecture-en-architecture-memoires-dun-architecte-vendeen\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Herv\u00e9 Regnauld. \u00ab&nbsp;Les concepts de F\u00e9lix Guattari et Gilles Deleuze et l&rsquo;espace des g\u00e9ographes&nbsp;\u00bb. Chim\u00e8res, 2012\/1 N\u00b0 76, 2012. p.195-204.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Sur l\u2019opposition des courants comme sur les \u00e9volutions p\u00e9dagogiques on pourra lire&nbsp;: Anne Debarre, Caroline Maniaque, \u00c9l\u00e9onore Marantz et Jean-Louis Violeau (dir.), Architecture 68. Panorama international des renouveaux p\u00e9dagogiques, Gen\u00e8ve, M\u00e9tispresses, 2020, 224 p.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Dispositif institu\u00e9 en 1951 et par lequel 1 % du montant HT de la construction d\u2019un b\u00e2timent dont le fonctionnement rel\u00e8ve d\u2019un minist\u00e8re (\u00e9cole, palais de justice\u2026) est consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019achat ou \u00e0 la r\u00e9alisation d\u2019\u0153uvres d\u2019art.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Marl\u00e8ne Ghorayeb. \u00ab&nbsp;La loi Cornudet, un urbanisme hygi\u00e9niste et&nbsp;social&nbsp;\u00bb. Droit et Ville, 2019\/2 N\u00b0 88, 2019. p.43-58.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Bernard Geoffroy, \u00ab La naissance d\u2019un espace p\u00e9ri-urbain en province : le cas de La Roche-sur-Yon \u00bb, <em>Norois, revue g\u00e9ographique de l\u2019Ouest et des pays de l\u2019Atlantique Nord<\/em>, n\u00b0 108, 1980, p. 609-614.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Gilles Ragot, \u00ab L\u2019historien, l\u2019architecte et le politique : Du respect de la juste distance \u00bb. Revue de l&rsquo;art, 2014\/4 N\u00b0 186, 2014. p.75-81<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr\u00e9face des m\u00e9moires de l&rsquo;architecte Guy Durand, publi\u00e9es en 2025 aux \u00e9ditions du Centre Vend\u00e9en de recherches historiques Par William Chevillon, chercheur en histoire de l&rsquo;art Il est des architectures du quotidien qui demeurent pr\u00e9sentes \u00e0 l\u2019esprit. Des b\u00e2timents qui, m\u00eame lorsque l\u2019on n\u2019y p\u00e9n\u00e8tre gu\u00e8re, sont des signaux devenus inh\u00e9rents au paysage. Des architectures [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":929,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"templates\/template-full-width.php","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[37],"class_list":["post-928","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-propos-culturels","tag-architecture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/williamchevillon.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/928","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/williamchevillon.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/williamchevillon.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/williamchevillon.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/williamchevillon.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=928"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/williamchevillon.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/928\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":935,"href":"https:\/\/williamchevillon.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/928\/revisions\/935"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/williamchevillon.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/929"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/williamchevillon.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=928"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/williamchevillon.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=928"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/williamchevillon.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=928"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}