{"id":445,"date":"2023-03-12T16:46:07","date_gmt":"2023-03-12T15:46:07","guid":{"rendered":"https:\/\/williamchevillon.fr\/?p=445"},"modified":"2023-03-21T21:55:06","modified_gmt":"2023-03-21T20:55:06","slug":"1965-1985-reflexions-autour-de-lidentite-architecturale-de-la-roche-sur-yon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/williamchevillon.fr\/index.php\/2023\/03\/12\/1965-1985-reflexions-autour-de-lidentite-architecturale-de-la-roche-sur-yon\/","title":{"rendered":"<strong>1965-1985, R\u00c9FLEXIONS AUTOUR DE L\u2019IDENTIT\u00c9 ARCHITECTURALE DE LA ROCHE-SUR-YO<\/strong>N"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>DU PASS\u00c9 FAISONS TABLE RASE ?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>1965-1985, R\u00c9FLEXIONS AUTOUR DE L\u2019IDENTIT\u00c9 ARCHITECTURALE DE LA ROCHE-SUR-YON<\/strong><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Fond\u00e9e par d\u00e9cret le 25 mai 1804 dans un but de pacification de la Vend\u00e9e, La Roche-sur-Yon est longtemps rest\u00e9e circonscrite au p\u00e9rim\u00e8tre dessin\u00e9 par les ing\u00e9nieurs civils des ponts et chauss\u00e9es. \u00c0 l\u2019image de nombreuses villes europ\u00e9ennes, moyennes et grandes, la pr\u00e9fecture vend\u00e9enne conna\u00eet un d\u00e9veloppement rapide lors des Trente Glorieuses, g\u00e9n\u00e9rant un fort besoin en mati\u00e8re d\u2019infrastructures et de logements. \u00c0 l\u2019\u00e9cart de ce bouillonnement, le c\u0153ur de ville est une zone engourdie par sa faible densit\u00e9 de population, la congestion automobile, une fuite des activit\u00e9s \u00e9conomiques vers l\u2019ext\u00e9rieur, etc. Pour y rem\u00e9dier, la municipalit\u00e9 de Paul Caillaud, suivie par celle de Jacques Auxiette, tente de trouver des solutions, parfois radicales, au prix de contestations culturelles ou politiques et d\u2019appels \u00e0 aller plus loin.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Printemps 1965. Le pr\u00e9fet Joseph Lenoir et le maire de La Roche-sur-Yon Paul Caillaud visitent la place Napol\u00e9on afin de pr\u00e9parer le d\u00e9placement du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique pr\u00e9vu le 19 mai. La <em>Vend\u00e9e Libre<\/em><a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> couvre les pr\u00e9paratifs et titre : \u00ab Pour la visite pr\u00e9sidentielle le kiosque sera scalp\u00e9 \u00bb. Devant servir de tribune pour l\u2019allocution de Charles de Gaulle, le vieux kiosque \u00e0 musique appara\u00eet alors peu esth\u00e9tique et trop sombre. Il est donc tout simplement envisag\u00e9 d\u2019en supprimer la toiture. Dans son compte rendu, l\u2019hebdomadaire ne manque pas de souligner que cela pourrait \u00eatre la premi\u00e8re \u00e9tape d\u2019une destruction totale. L\u2019option d\u2019une estrade temporaire est finalement choisie et le kiosque n\u2019est pas d\u00e9moli. Quelques semaines plus tard, c\u2019est le passage de l\u2019\u00e9tape Saint-Nazaire-La Rochelle du Tour de France qui fait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9union technique sur la place Napol\u00e9on. L\u2019itin\u00e9raire de course pr\u00e9voyant une travers\u00e9e au centre de l\u2019esplanade, le sort des bornes en granit qui la cl\u00f4turent est d\u00e9battu sans \u00e9tats d\u2019\u00e2me.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui semble ici anecdotique n\u2019est autre que la traduction d\u2019un \u00e9tat d\u2019esprit qui r\u00e8gne \u00e0 La Roche-sur-Yon, comme dans de nombreuses villes europ\u00e9ennes, au milieu des ann\u00e9es 1960. Mal aim\u00e9e, mal accept\u00e9e, sinon de mani\u00e8re fonctionnelle, mal comprise, la ville court apr\u00e8s la modernit\u00e9 et tente de d\u00e9poussi\u00e9rer son identit\u00e9. Alors que la p\u00e9riph\u00e9rie conna\u00eet un d\u00e9veloppement sans pr\u00e9c\u00e9dent, le c\u0153ur de la ville se d\u00e9peuple. Les municipalit\u00e9s Caillaud (1961-1977) puis Auxiette (1977-2004) doivent faire face au double d\u00e9fi de conforter le d\u00e9veloppement du chef-lieu de la Vend\u00e9e avec de nouveaux quartiers et de nouvelles zones d\u2019activit\u00e9s tout en essayant de revitaliser un centre aux apparences de gros bourg endormi.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>La Roche-sur-Yon : un cas particulier dans un contexte plus g\u00e9n\u00e9ral<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Pass\u00e9e la p\u00e9riode de reconstruction \u00e0 la suite de la Seconde Guerre mondiale, les centres urbains d\u2019Europe de l\u2019Ouest sont au c\u0153ur d\u2019une large r\u00e9flexion quant \u00e0 leur adaptation aux besoins modernes. Fantasm\u00e9e, th\u00e9oris\u00e9e, planifi\u00e9e, soumise \u00e0 la sp\u00e9culation parfois, la ville est en crise et son adaptation radicale semble in\u00e9vitable. Si la g\u00e9n\u00e9ration d\u2019architectes et urbanistes qui arrive en fonction dans les ann\u00e9es 1960 est parfois impr\u00e9gn\u00e9e des th\u00e9ories sociales d\u2019Henri Lefebvre et des r\u00e9flexions port\u00e9es par J\u00fcrgen Habermas sur l\u2019espace public, les projections d\u00e9mographiques et \u00e9conomiques conditionnent nombre d\u2019am\u00e9nagements urbains. La modernit\u00e9 int\u00e9resse autant qu\u2019elle inqui\u00e8te, et si la question patrimoniale est souvent v\u00e9cue secondairement, la perte d\u2019une structure sociale et paysag\u00e8re est parfois difficilement accept\u00e9e par la population et critiqu\u00e9e par la presse sp\u00e9cialis\u00e9e<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Au milieu de la d\u00e9cennie 1970, les colloques d\u2019Edimbourg, Bologne<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>&nbsp;et Krems, ainsi que le congr\u00e8s d\u2019Amsterdam (soutenus par le Conseil de l\u2019Europe) traitent clairement la question des centres anciens sans dissocier les aspects sociaux, patrimoniaux et politiques. S\u2019ils doivent faire face \u00e0 l\u2019insalubrit\u00e9, \u00e0 la congestion automobile ainsi qu\u2019au mitage, les centres anciens europ\u00e9ens ne sont pas n\u00e9cessairement en perte de vitesse<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Beaucoup r\u00e9sistent d\u2019ailleurs plut\u00f4t bien au d\u00e9veloppement p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019objet patrimonial comme composante de la qualit\u00e9 de vie et du d\u00e9veloppement \u00e9conomique justifie certaines sauvegardes majeures. En France, l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat en 1962 face aux grands projets de la municipalit\u00e9 de Louis Pradel dans le Vieux Lyon en est l\u2019exemple embl\u00e9matique. Dans le cas de Rochefort, la protection de la corderie royale en 1967 face \u00e0 une destruction attendue est per\u00e7ue par une partie des d\u00e9cideurs locaux comme l\u2019un des moyens pour relancer une ville en difficult\u00e9 depuis l\u2019entre-deux-guerres. On le verra plus loin, l\u2019objet patrimonial est, \u00e0 La Roche-sur-Yon, certainement d\u00e9fendu essentiellement pour ce qu\u2019il repr\u00e9sente dans le paysage affectif et dans une conception de la qualit\u00e9 de vie. Hormis pour quelques cercles \u00e9rudits, la consid\u00e9ration de la valeur historique n\u2019y est pas un argument de premier ordre. Quel que soit le cas, la d\u00e9fense du patrimoine face \u00e0 des projets urbains est pr\u00e9sente, plus ou moins significativement. Pour autant, les raisons qui justifient cette d\u00e9fense varient en fonction des marqueurs identitaires, des \u00e9quilibres ou des d\u00e9s\u00e9quilibres d\u00e9mographiques, de l\u2019implication du citoyen dans les choix urbains, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Comparativement \u00e0 d\u2019autres villes de l\u2019Ouest, La Roche-sur-Yon n\u2019est pas un cas isol\u00e9 malgr\u00e9 des \u00e9carts statistiques notables. Au centre d\u2019un bassin rural, la pr\u00e9fecture vend\u00e9enne voit sa population exploser avant les ann\u00e9es 1980. \u00c0 Cholet, Vannes, Laval ou encore Saint-Brieuc, les courbes d\u00e9mographiques accusent \u00e9galement une tr\u00e8s forte progression. Bien plus \u00e9loquente que d\u2019autres, \u00e0 l\u2019image du retard d\u00e9mographique de la ville qui est alors combl\u00e9, la courbe yonnaise justifie des perspectives de d\u00e9veloppement aussi n\u00e9cessaires qu\u2019ambitieuses. Publi\u00e9 en 1974, le sch\u00e9ma directeur d\u2019am\u00e9nagement et d\u2019urbanisme (SDAU) du bassin de La Roche-sur-Yon table sur une population de 96 000 habitants pour la ville-centre \u00e0 l\u2019horizon 2000<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. La r\u00e9alit\u00e9 est bien diff\u00e9rente puisque la population s\u2019\u00e9tablissait \u00e0 un peu plus de 49 000 habitants en 1999. On observe des surestimations notables dans d\u2019autres SDAU, Angers par exemple, ce qui conduisait \u00e0 imaginer une France peupl\u00e9e de 100 millions d\u2019habitants en l\u2019an 2000<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Relev\u00e9e par de multiples \u00e9tudes, la situation vend\u00e9enne est li\u00e9e \u00e0 la mutation des secteurs \u00e9conomiques observ\u00e9e sur l\u2019ensemble du territoire fran\u00e7ais. Pouss\u00e9e par l\u2019industrie, la croissance d\u00e9mographique d\u00e9passe les 20 % entre 1962 et 1968 \u00e0 Montaigu, Challans et La Roche-sur-Yon. A contrario, un d\u00e9peuplement est rep\u00e9rable dans les arri\u00e8re-pays de Talmont-Saint-Hilaire ou Chantonnay. Dans le m\u00eame temps, le secteur agricole perd un quart de ses effectifs, soit plus de 20 000 emplois qui viennent gonfler les secteurs industriels, commerciaux, etc. Si l\u2019activit\u00e9 de La Roche-sur-Yon s\u2019excentre, c\u2019est le cas \u00e9galement pour un grand nombre de bourgs qui deviennent de simples lieux d\u2019habitation. De telles \u00e9volutions et les perspectives qui en d\u00e9coulent, m\u00eame douch\u00e9es notamment par les cons\u00e9quences du premier choc p\u00e9trolier en 1973, justifient l\u2019adaptation de l\u2019ensemble du territoire et le d\u00e9veloppement de nouvelles infrastructures.<\/p>\n\n\n\n<p>Lanc\u00e9 sous la pr\u00e9sidence de Georges Pompidou, le sixi\u00e8me plan d\u2019am\u00e9nagement et d\u2019\u00e9quipement du territoire fran\u00e7ais invite \u00e0 reconsid\u00e9rer la question urbaine et \u00e0 \u00e9viter que les villes moyennes se retrouvent confront\u00e9es aux probl\u00e8mes rencontr\u00e9s par les grands p\u00f4les urbains ainsi que les villes nouvelles dont le mod\u00e8le est remis en cause<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. La d\u00e9finition par l\u2019\u00c9tat et par les communes concern\u00e9es de ce qu\u2019est une ville moyenne est parfois assez subjective. Elle repose sur des crit\u00e8res d\u00e9mographiques, sur des \u00e9quilibres territoriaux \u00e0 cr\u00e9er ou \u00e0 conforter, parfois m\u00eame sur une proximit\u00e9 imm\u00e9diate entre le centre urbain et la campagne voisine<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Tel que le rapporte Lo\u00efc Vadelorge<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, pour Olivier Guichard, qui m\u00e8ne la politique du gouvernement \u00e0 ce sujet, les crit\u00e8res de d\u00e9finition d\u2019une ville moyenne sont finalement assez clairs puisqu\u2019ils sont fond\u00e9s sur des potentialit\u00e9s de croissance et de d\u00e9veloppement de villes dont le poids sur un territoire donn\u00e9 est notable. En France, 73 villes moyennes signent un contrat d\u2019am\u00e9nagement avec l\u2019\u00c9tat entre 1973 et 1979. Dans l\u2019Ouest, on peut consid\u00e9rer La Roche-sur-Yon, Fontenay-le-Comte, Saumur, Cholet, Morlaix, Vannes, etc. Chaque ville d\u00e9finit des orientations en fonction de ses n\u00e9cessit\u00e9s propres. Le centre de La Roche-sur-Yon accusant un retard manifeste avec le reste de la ville. C\u2019est tout naturellement que les objectifs du contrat de ville moyenne sont tourn\u00e9s majoritairement vers le c\u0153ur XIX<sup>e<\/sup>, au d\u00e9triment sans doute de l\u2019\u00e9quipement des jeunes quartiers p\u00e9riph\u00e9riques<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un centre ankylos\u00e9 dans une ville en d\u00e9veloppement<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>En janvier 1965, c\u2019en est termin\u00e9 du champ de foire install\u00e9 place de la Vend\u00e9e. Un nouveau march\u00e9 au b\u00e9tail ouvre ses portes boulevard Sully tandis que subsistent, pour quelques temps encore, les march\u00e9s aux volailles et aux porcs respectivement derri\u00e8re l\u2019\u00e9glise Saint-Louis et place de la R\u00e9sistance. Cette ann\u00e9e est la premi\u00e8re du \u00ab Grand La Roche \u00bb, concr\u00e9tis\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1964 avec l\u2019absorption des territoires communaux de Saint-Andr\u00e9-d\u2019Ornay et du Bourg-sous-La-Roche par le chef-lieu trop \u00e0 l\u2019\u00e9troit. Cette fusion marque l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration d\u2019un processus de d\u00e9veloppement commun ant\u00e9rieur. En effet, face \u00e0 la pouss\u00e9e d\u00e9mographique apr\u00e8s-guerre, le plan d\u2019am\u00e9nagement communal \u00e9labor\u00e9 entre 1953 et 1958 associe d\u00e9j\u00e0 les trois municipalit\u00e9s. Les projections \u00e9tablies dans ce plan \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9es en 1963, la fusion vient donner un \u00e9lan suppl\u00e9mentaire en lib\u00e9rant d\u2019importantes emprises fonci\u00e8res<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. Touch\u00e9e par la mutation de l\u2019\u00e9conomie agricole en lien avec la m\u00e9canisation, la Vend\u00e9e conna\u00eet, apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, une progression du nombre d\u2019emplois dans le secondaire et le tertiaire, tandis que le secteur primaire doit faire face \u00e0 moins de besoins humains. L\u2019immigration de la campagne vers la ville dope la croissance d\u00e9mographique de La Roche-sur-Yon qui gagne plus de 5000 habitants entre 1954 et 1962<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Les mouvements migratoires depuis l\u2019Alg\u00e9rie maintiennent ensuite une forte croissance de la population. La d\u00e9mographie galopante de La Roche-sur-Yon m\u00e8ne \u00e0 la cr\u00e9ation de nouvelles zones d\u2019habitation au sud, \u00e0 l\u2019ouest et au nord-est de la ville. Le centre quant \u00e0 lui ne profite pas de cette embellie. Les statistiques dress\u00e9es par l\u2019INSEE entre 1968 et 1975 permettent d\u2019observer que le c\u0153ur napol\u00e9onien de La Roche-sur-Yon perd 20,6 % de ses habitants et que le quartier de la gare voisin conna\u00eet un recul \u00e0 hauteur de 14,6 %. \u00c0 l\u2019inverse, la zone d\u2019habitation nord-est en construction voit sa population augmenter de 228,3 %<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. En m\u00eame temps que la d\u00e9mographie explose dans la p\u00e9riph\u00e9rie, le centre-ville perd une partie de ses activit\u00e9s \u00e9conomiques. Les zones industrielles siphonnent les ateliers et usines pr\u00e9sents \u00e0 deux pas de la place Napol\u00e9on, \u00e0 proximit\u00e9 du boulevard des \u00c9tats-Unis et derri\u00e8re la gare. Parall\u00e8lement, hyper et supermarch\u00e9s voient le jour en 1972 route de Nantes face \u00e0 la jeune usine Michelin, en 1973 route des Sables-d\u2019Olonne, en 1976 boulevard de l\u2019Industrie. Jusqu\u2019alors, le centre \u00e9tait un lieu d\u2019habitation, d\u2019\u00e9changes commerciaux, de productions manufacturi\u00e8res, de d\u00e9marches administratives, etc. \u00c0 mesure que l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique s\u2019excentre, la concentration administrative qui demeure ne suffit pas \u00e0 maintenir l\u2019animation au sein des boulevards napol\u00e9oniens. Hors-la-ville, l\u2019activit\u00e9 commerciale, essentiellement alimentaire, g\u00e9n\u00e8re de nouveaux d\u00e9placements et rend la voiture presque indispensable. En m\u00eame temps qu\u2019elle appauvrit le c\u0153ur de La Roche-sur-Yon, cette activit\u00e9 fragilise la vie des villages alentours dont la fonction r\u00e9sidentielle s\u2019affirme avec une forte pouss\u00e9e d\u00e9mographique et de nouvelles zones pavillonnaires d\u00e8s la d\u00e9cennie 1970.<\/p>\n\n\n\n<p>Habit\u00e9 par une population moins nombreuse et plus \u00e2g\u00e9e, le centre de La Roche-sur-Yon est l\u2019objet de r\u00e9flexions permanentes quant \u00e0 sa dynamisation. Outre la d\u00e9mographie et l\u2019animation \u00e9conomique, la circulation est au c\u0153ur de tous les d\u00e9bats. De Jean Lecanuet \u00e0 Rouen \u00e0 Jacques Chaban-Delmas \u00e0 Bordeaux, tous les maires de villes fran\u00e7aises sont confront\u00e9s \u00e0 la question de l\u2019automobile et des transports. Trouver des solutions est complexe et la tentation de c\u00e9der l\u2019espace entier \u00e0 l\u2019automobile est r\u00e9elle. Ville modeste, La Roche-sur-Yon n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 ce casse-t\u00eate urbain. D\u2019un avis assez partag\u00e9, le centre-ville est congestionn\u00e9 et le plan de circulation peu lisible. Paul Caillaud puis Jacques Auxiette se penchent sur cette \u00e9pineuse question. Le r\u00e9seau de bus est par exemple d\u00e9velopp\u00e9 par les deux maires. Entam\u00e9e sous Paul Caillaud, la refonte du plan de circulation est concr\u00e9tis\u00e9e par Jacques Auxiette. Les municipalit\u00e9s successives s\u2019attachent \u00e0 rendre la ville plus agr\u00e9able sans p\u00e9naliser excessivement les automobilistes. L\u2019une des premi\u00e8res mesures symboliques de la gauche \u00e0 la t\u00eate de la ville en 1977 est d\u2019instaurer une heure gratuite de stationnement, parall\u00e8lement la pratique du v\u00e9lo est encourag\u00e9e. Les ambitions affich\u00e9es par l\u2019\u00e9quipe de Jacques Auxiette en 1977 et 1978 sont rapidement mod\u00e9r\u00e9es avant d\u2019\u00eatre relanc\u00e9es et concr\u00e9tis\u00e9es partiellement dans les ann\u00e9es 1980. L\u2019attente de la population est grande, mais non sans contradictions entre qualit\u00e9 de vie et libert\u00e9 de circuler. Le sujet est glissant et sera encore au centre du d\u00e9bat lors de la r\u00e9novation de la place du Th\u00e9\u00e2tre en 1986.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Respecter ou bouleverser la trame<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Si le d\u00e9veloppement de La Roche-sur-Yon est marqu\u00e9 sur la p\u00e9riph\u00e9rie, le centre de la ville n\u2019est pas pour autant exempt de modernisations architecturales. Fond\u00e9e par d\u00e9cret imp\u00e9rial le 25 mai 1804, La Roche-sur-Yon pr\u00e9sente un plan de 115 hectares entour\u00e9 de boulevards formant un pentagone. Au milieu de cette trame urbaine rigoureuse dite \u00ab \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine \u00bb, la place occupe une surface d\u2019environ trois hectares et ses abords sont pourvus de b\u00e2timents publics. Le c\u0153ur XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;de La Roche-sur-Yon est toutefois peu estim\u00e9 pour son int\u00e9r\u00eat historique. Depuis une tentative infructueuse de la baptiser officiellement \u00ab place d\u2019Armes \u00bb en 1870<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a>, la place Napol\u00e9on est consid\u00e9r\u00e9e par beaucoup, sinon la majorit\u00e9, comme un lieu autrefois d\u00e9volu au rassemblement des troupes. Si elle n\u2019a jamais eu de vocation militaire (en excluant les traditionnels d\u00e9fil\u00e9s et revues \u00e0 l\u2019occasion de la F\u00eate nationale ou de c\u00e9l\u00e9brations particuli\u00e8res), la place reste un lieu difficile \u00e0 apprivoiser par sa taille et la rigueur des b\u00e2timents qui l\u2019entourent. N\u00e9anmoins, pour certains observateurs ext\u00e9rieurs, la ville n\u2019est pas d\u00e9nu\u00e9e d\u2019int\u00e9r\u00eat. Ainsi, l\u2019\u00e9crivain et journaliste Raymond Dumay se montre curieux, sans emphase mais avec bienveillance, de la structure urbaine de la capitale vend\u00e9enne dans le livre <em>Ma route d\u2019Aquitaine <\/em>publi\u00e9 en 1949. Plus tard, au m\u00eame titre qu\u2019Hy\u00e8res ou Saumur, Jacques Demy int\u00e8gre La Roche-sur-Yon \u00e0 sa prospection d\u2019un lieu pour le film <em>Les Demoiselles <\/em>tourn\u00e9 finalement \u00e0 Rochefort.<\/p>\n\n\n\n<p>Percevant son int\u00e9r\u00eat, certains architectes s\u2019attachent \u00e0 respecter le plan urbain de La Roche-sur-Yon et ses perspectives. En novembre 1965, le programme d\u2019agrandissement de l\u2019h\u00f4tel de ville pr\u00e9voit d\u2019\u00e9difier une aile nouvelle le long de la rue La Fayette, supprimant une partie du jardin jug\u00e9e peu int\u00e9ressante<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. Par la suite, si une sur\u00e9l\u00e9vation de l\u2019h\u00f4tel de ville historique semble avoir \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9e<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a>, le projet du cabinet Durand-M\u00e9nard qui est choisi propose d\u2019agrandir le b\u00e2timent par une extension peu profonde \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. Le parti-pris architectural permet alors de pr\u00e9server au maximum le jardin public tout en \u00e9pousant la forme du b\u00e2timent du XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Visible rue Clemenceau avec une enveloppe de verre fum\u00e9 r\u00e9solument moderne, la construction nouvelle ne l\u2019est que tr\u00e8s peu depuis la place Napol\u00e9on. Au nord-est du centre-ville, le cin\u00e9ma Concorde est modernis\u00e9 et agrandi \u00e0 la suite de son rachat \u00e0 la paroisse par une soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Men\u00e9 en 1975 et 1976, le projet est confi\u00e9 \u00e0 l\u2019architecte Ren\u00e9 Naulleau, associ\u00e9 aux plasticiens Bernard et Clotilde Barto. La coque de b\u00e9ton, \u00e0 l\u2019angle des rues Racine et Gouvion, \u00e9pouse le plan de l\u2019\u00eelot urbain et s\u2019\u00e9mousse sur la hauteur de mani\u00e8re \u00e0 s\u2019effacer et \u00e0 respecter l\u2019alignement des fa\u00eetages voisins. Ce projet architectural est con\u00e7u pour se d\u00e9tacher, par une d\u00e9marche moderne et des perspectives soulign\u00e9es avec un \u00e9clairage n\u00e9on bleu, tout en ne bouleversant pas le rapport largeur-hauteur du quartier<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a>. Dans un registre diff\u00e9rent, la biblioth\u00e8que, construite en 1968 par l\u2019agence Durand-M\u00e9nard, s\u2019inspire de constructions d\u2019Europe centrale et des pays nordiques. L\u2019\u00eelot n\u2019est ici pas b\u00e2ti sur ses lat\u00e9ralit\u00e9s mais sur sa partie int\u00e9rieure. \u00c0 la diff\u00e9rence des autres \u00eelots du pentagone napol\u00e9onien, la jonction entre la rue et le b\u00e2timent se fait par un jardin.<\/p>\n\n\n\n<p>Si certaines transformations sont rigoureusement identiques \u00e0 l\u2019\u00e9tat historique, (c\u2019est le cas de la destruction-reconstruction du b\u00e2timent Haxo des Archives d\u00e9partementales entam\u00e9e sous la direction de Jacques Perot), d\u2019autres se d\u00e9tachent s\u00e9rieusement. En ceci, le travail de l\u2019architecte Jean Parois est certainement le plus significatif. Architecte d\u00e9partemental \u00e0 compter de 1955, Jean Parois accompagne, parfois au nom du D\u00e9partement et d\u2019autres fois \u00e0 titre priv\u00e9, la transformation de La Roche-sur-Yon en p\u00e9riph\u00e9rie et dans son centre. L\u2019agrandissement de la pr\u00e9fecture sur une parcelle jouxtant l\u2019h\u00f4tel b\u00e2ti sous l\u2019Empire, figure parmi ses premiers travaux yonnais d\u2019ampleur. En retrait par rapport \u00e0 la rue, la tour carr\u00e9e qui accueille les services de l\u2019\u00c9tat tranche avec le strict alignement des fa\u00e7ades voisines. Le b\u00e2timent est livr\u00e9 en 1969. Dans la foul\u00e9e, deux projets monumentaux sont lanc\u00e9s \u00e0 La Roche-sur-Yon : le transfert du centre hospitalier d\u00e9partemental \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la ville et le d\u00e9placement du palais de justice. Ainsi, deux institutions imp\u00e9riales quittent leur emplacement historique pour des raisons \u00e9videntes que sont le manque de place et le vieillissement des lieux. Pour construire le nouveau tribunal, on d\u00e9truit les aust\u00e8res b\u00e2timents d\u00e9saffect\u00e9s de la manutention militaire, tandis que pour l\u2019h\u00f4pital on ach\u00e8te des terres agricoles d\u00e9pendant du ch\u00e2teau des Oudairies. Le palais de justice et l\u2019h\u00f4pital sont livr\u00e9s respectivement \u00e0 partir de 1973 et 1977. Parfois qualifi\u00e9s d\u2019immeubles \u00ab \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine \u00bb, les constructions de grande hauteur qui accueillent la pr\u00e9fecture et le palais de justice suscitent la curiosit\u00e9 quant \u00e0 leur dimension et au traitement du b\u00e9ton comme \u00e9l\u00e9ment ornemental par les formes et les textures.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"383\" src=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Projet-Goujon-rue-La-Fayette-La-Roche-sur-Yon-numerisation-William-Chevillon.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-452\" srcset=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Projet-Goujon-rue-La-Fayette-La-Roche-sur-Yon-numerisation-William-Chevillon.png 768w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Projet-Goujon-rue-La-Fayette-La-Roche-sur-Yon-numerisation-William-Chevillon-300x150.png 300w\" sizes=\"(max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Figure 1. Le projet de Ren\u00e9-Georges Goujon pr\u00e9sent\u00e9 dans <\/em>Ouest-France <em>en avril 1970 pour deux \u00eelots entre la rue Clemenceau et la rue La Fayette<\/em>.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Projets publics et priv\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019opinion<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019approche des \u00e9lections municipales de 1965, la majorit\u00e9 men\u00e9e par Paul Caillaud d\u00e9taille ses ambitions. Parmi elles, figure la construction d\u2019un centre culturel d\u2019ampleur sur une moiti\u00e9 du cours Bayard. Si certains s\u2019\u00e9meuvent de perdre un espace de promenade, la destruction envisag\u00e9e du jardin \u00e0 la fran\u00e7aise ne semble pas incongrue. Interrog\u00e9s par <em>Ouest-France <\/em>dans la m\u00eame p\u00e9riode, les commer\u00e7ants yonnais sont unanimes sur la n\u00e9cessit\u00e9 de transformer le centre-ville. Si une majorit\u00e9 s\u2019oppose \u00e0 la pi\u00e9tonisation des rues, sujet qui revient sur la table r\u00e9guli\u00e8rement<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a>, nombreux consid\u00e8rent qu\u2019il faut densifier l\u2019habitat, \u00e9largir les trottoirs et d\u00e9velopper les transports. B\u00e2tir sur l\u2019espace public, voire en hauteur, est une solution propos\u00e9e par certains. En 1968 \u00e9galement, la Jeune Chambre \u00c9conomique propose de ne pas agrandir l\u2019h\u00f4tel de ville mais d\u2019en construire un nouveau en plein centre de la place de la Vend\u00e9e lib\u00e9r\u00e9e de ses activit\u00e9s agricoles en 1965. Quant au devenir du b\u00e2timent historique et du futur-ex tribunal voisin, voici ce qu\u2019on en dit :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Il y a quelques ann\u00e9es, nous avions choqu\u00e9 les gens en prenant position contre l\u2019extension sur place des lyc\u00e9es Herriot et Piobetta. Aujourd\u2019hui, tout le monde est d\u2019accord pour dire que cette op\u00e9ration fut une erreur. Seulement, on s\u2019appr\u00eate \u00e0 faire la m\u00eame chose avec la mairie. Pour une r\u00e9novation et une densification du centre-ville, il est particuli\u00e8rement difficile de mettre d\u2019accord les int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s. Il y a quelques ann\u00e9es, un promoteur avait voulu lancer toute une op\u00e9ration sur l\u2019une des masses de la rue des Sables. Ce fut impossible, car tous les propri\u00e9taires n\u2019\u00e9taient pas pr\u00eats \u00e0 suivre. En lib\u00e9rant \u00e0 la fois l\u2019emplacement du tribunal et celui de la mairie, la ville donnerait l\u2019exemple et le reste de la rue des Sables suivrait<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\">[19]<\/a>. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0 ambitieuse, cette id\u00e9e ne suffit pas pour la Jeune Chambre \u00c9conomique qui sugg\u00e8re \u00e9galement de supprimer une partie des \u00eelots au sud de la place Napol\u00e9on afin de lib\u00e9rer un parvis, pour l\u2019\u00e9glise notamment, et de faciliter des constructions sur la partie nord de la place \u00e0 proximit\u00e9 des lyc\u00e9es. Appel\u00e9e de ses v\u0153ux par la Jeune Chambre \u00c9conomique, l\u2019action de promoteurs priv\u00e9s fait l\u2019objet d\u2019une proposition par l\u2019architecte Ren\u00e9-Georges Goujon en 1970. Ce dernier sugg\u00e8re de raser et de reconstruire totalement deux \u00eelots au sud de la rue Clemenceau, entre la place de la Vend\u00e9e \u00e0 l\u2019ouest et la rue Jaur\u00e8s \u00e0 l\u2019est (figure 1). Le programme architectural propose de meubler l\u2019espace par d\u2019importantes surfaces commerciales et de bureaux, et de couronner l\u2019ensemble par deux hautes tours d\u2019habitation. S\u2019il n\u2019aboutit pas, ce projet en appelle un autre deux ans plus tard. D\u00e9voil\u00e9, apr\u00e8s de nombreuses fuites et rumeurs, dans les colonnes de <em>Presse-Oc\u00e9an<\/em>, le programme de Jean Parois est une \u00e9tude command\u00e9e gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 des \u00e9lus municipaux \u00e0 l\u2019architecte. Cette note d\u2019intention, qui n\u2019est pas d\u00e9fendue officiellement par la municipalit\u00e9, propose le creusement d\u2019un parking de 874 emplacements sous la place Napol\u00e9on, la construction d\u2019immeubles de grande hauteur rue Clemenceau, mais surtout la r\u00e9alisation de deux barres de magasins et de bureaux sur l\u2019esplanade imp\u00e9riale, dans un sens nord-sud (figure 2). Exit le grand rectangle vide de 2,8 hectares. Finalement mis de c\u00f4t\u00e9, le projet Parois est suivi par deux programmes volontaristes, autour des halles et de la place Napol\u00e9on<a id=\"_ftnref20\" href=\"#_ftn20\">[20]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" width=\"769\" height=\"487\" src=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Projet-Jean-Parois-place-Napoleon-La-Roche-sur-Yon-numerisation-William-Chevillon.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-453\" srcset=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Projet-Jean-Parois-place-Napoleon-La-Roche-sur-Yon-numerisation-William-Chevillon.png 769w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Projet-Jean-Parois-place-Napoleon-La-Roche-sur-Yon-numerisation-William-Chevillon-300x190.png 300w\" sizes=\"(max-width: 769px) 100vw, 769px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Figure 2. Le programme de Jean Parois d\u00e9voil\u00e9 par <\/em>Presse-Oc\u00e9an <em>le 7 d\u00e9cembre 1972.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Construit par Andr\u00e9 Michelin en 1886, le march\u00e9 couvert de La Roche-sur-Yon est caract\u00e9ristique des \u00e9difices en verre et fonte de la seconde moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Obsol\u00e8te, peu entretenu et certainement pas dans l\u2019air du temps, le b\u00e2timent est condamn\u00e9 \u00e0 la suite d\u2019un concours d\u2019architectes lanc\u00e9 par la municipalit\u00e9 en 1972. Les agences Durand-M\u00e9nard, Naulleau, Pondevie et Sentenac remportent le march\u00e9. Les vieilles halles et leur poissonnerie sont d\u00e9truites en 1975. L\u2019espace entier est creus\u00e9 et remplac\u00e9 par un programme sur dalle comportant un parking, une sup\u00e9rette, le march\u00e9 couvert, un bistrot, etc. Pr\u00e9sent\u00e9 comme un centre commercial plus que comme un march\u00e9, le programme est livr\u00e9 en 1976. Souhaitant s\u2019engager avec l\u2019\u00c9tat dans le contrat de ville moyenne, la municipalit\u00e9 lance, parall\u00e8lement au chantier des halles, un concours d\u2019id\u00e9es pour l\u2019am\u00e9nagement de la place Napol\u00e9on. Initi\u00e9 en 1973, le processus aboutit \u00e0 la pr\u00e9sentation des six projets retenus en avril 1975<a id=\"_ftnref21\" href=\"#_ftn21\">[21]<\/a>. Le projet laur\u00e9at est celui de l\u2019\u00e9quipe Roland Castro (figure 3). Tout en maintenant la perspective nord-sud sur la statue de Napol\u00e9on, l\u2019intention consiste \u00e0 couvrir la place d\u2019une vaste serre m\u00e9tallique abritant des \u00e9quipements sociaux, culturels et commerciaux. Jardins, escaliers et rampes, tour belv\u00e9d\u00e8re, espaces pour accueillir des animations, etc. composent ce programme<a id=\"_ftnref22\" href=\"#_ftn22\">[22]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" width=\"770\" height=\"342\" src=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Projet-Roland-Castro-La-Roche-sur-Yon-place-Napoleon-numerisation-William-Chevillon.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-455\" srcset=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Projet-Roland-Castro-La-Roche-sur-Yon-place-Napoleon-numerisation-William-Chevillon.png 770w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Projet-Roland-Castro-La-Roche-sur-Yon-place-Napoleon-numerisation-William-Chevillon-300x133.png 300w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Projet-Roland-Castro-La-Roche-sur-Yon-place-Napoleon-numerisation-William-Chevillon-768x341.png 768w\" sizes=\"(max-width: 770px) 100vw, 770px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Figure 3. Vues du projet laur\u00e9at du concours d\u2019am\u00e9nagement de la place Napol\u00e9on diffus\u00e9es par <\/em>L\u2019architecture d\u2019Aujourd\u2019hui <em>en 1975.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Si le projet est revendiqu\u00e9 par l\u2019\u00e9quipe laur\u00e9ate comme \u00e9tant \u00ab romantique \u00bb ou \u00ab faisant vibrer \u00bb l\u2019architecture environnante, sa r\u00e9ception par la population va avoir raison de sa concr\u00e9tisation. Au regard des d\u00e9bats dans la presse avant les r\u00e9sultats du concours, il est l\u00e9gitime de se demander si le projet qui en sortira n\u2019est pas d\u00e9j\u00e0 mort-n\u00e9. Et pour cause, le 4 novembre 1974, le correspondant du <em>Figaro <\/em>Michel Bougeard titre \u00ab Va-t-on casser \u201cNapol\u00e9on-Ville\u201d ? \u00bb. En ligne de mire : l\u2019esth\u00e9tique du projet des halles, des soup\u00e7ons de favoritisme pour l\u2019exploitation de surfaces commerciales et la suite de l\u2019am\u00e9nagement du centre-ville avec la place Napol\u00e9on. Bien qu\u2019impliqu\u00e9e dans une r\u00e9flexion sur la Vend\u00e9e et son d\u00e9veloppement \u00e0 l\u2019horizon 2000, la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9mulation conteste d\u00e8s janvier 1974 toute id\u00e9e de construction sur la place Napol\u00e9on, d\u00e9sirant pr\u00e9server \u00ab un ensemble architectural unique \u00bb. Si elle s\u2019oppose vigoureusement par voie de presse \u00e0 la Jeune Chambre \u00c9conomique, la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9mulation partage le besoin d\u2019animation du centre-ville et ne manque pas d\u2019apporter des propositions comme la reconversion de b\u00e2timents anciens en surfaces de logements. Le d\u00e9bat \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 vif, la r\u00e9daction d\u2019Ouest-France propose un r\u00e9f\u00e9rendum par courrier \u00e0 ses lecteurs. Les r\u00e9sultats sont d\u00e9voil\u00e9s le 8 f\u00e9vrier 1974. Sur 1160 votants, 722 consid\u00e8rent que le commerce est le meilleur support d\u2019animation, 1059 s\u2019opposent \u00e0 toute construction sur la place et 965 souhaitent que la fa\u00e7ade du palais de justice soit pr\u00e9serv\u00e9e. S\u2019il n\u2019a pas de valeur scientifique, ce sondage pr\u00e9figure ce qui arrivera quelques mois plus tard puisque \u00e0 compter du d\u00e9voilement du projet laur\u00e9at pour l\u2019am\u00e9nagement de la place Napol\u00e9on, les critiques fuseront de toutes parts.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le renoncement jusqu\u2019\u00e0 une lente acceptation de l\u2019h\u00e9ritage<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Quelques mois apr\u00e8s le texte du correspondant Michel Bougeard, le journaliste Guy Muller est d\u00e9p\u00each\u00e9 par la r\u00e9daction nationale du <em>Figaro. <\/em>Le 5 mai 1975, un article intitul\u00e9 \u00ab La Roche-sur-Yon : vieilles Halles \u00e0 sauver \u00bb est publi\u00e9 par le quotidien. Cela n\u2019est pas pour arranger l\u2019acceptation du dessein urbain de Paul Caillaud, mais localement on ne manque pas de relever le c\u00f4t\u00e9 cocasse des le\u00e7ons de pr\u00e9servation venant de Parisiens qui n\u2019ont pas emp\u00each\u00e9 la destruction de leurs halles. Engag\u00e9 pour la pr\u00e9servation de l\u2019identit\u00e9 architecturale de la ville dans l\u2019association \u00ab Vivre \u00e0 La Roche \u00bb, Guy Coffineau reconna\u00eet ais\u00e9ment le faible amour patrimonial des Yonnais pour les vieilles halles avant que celles-ci fassent l\u2019objet d\u2019un concours en vue de leur remplacement. Une prise de conscience tardive a eu raison des halles, force est de croire que nombreux sont ceux qui n\u2019ont pas voulu renouveler cet acte manqu\u00e9. Pour autant, associer le rejet de l\u2019am\u00e9nagement de la place Napol\u00e9on \u00e0 un amour inconditionnel du patrimoine est excessivement r\u00e9ducteur. De nombreuses constructions du XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle furent d\u2019ailleurs d\u00e9truites sans oppositions ni \u00e9motions significatives.<\/p>\n\n\n\n<p>Une \u00e9bauche de r\u00e9ponse est sans doute \u00e0 trouver en interrogeant l\u2019implication des habitants dans le processus de r\u00e9flexion sur l\u2019\u00e9volution de la ville. Les Yonnais sont int\u00e9ress\u00e9s par les projets. Si certains d\u00e9battent ais\u00e9ment par journaux interpos\u00e9s, nombreux sont silencieux mais pas moins passionn\u00e9s. Du 6 au 12 mai 1975, on estime \u00e0 5000 le nombre de curieux qui visitent l\u2019exposition pr\u00e9sentant les six projets laur\u00e9ats du concours pour la place Napol\u00e9on. Le succ\u00e8s populaire est au rendez-vous, il est \u00e0 l\u2019image de l\u2019inqui\u00e9tude. L\u2019avertissement a peut-\u00eatre lieu d\u00e8s 1972 quand la r\u00e9daction de <em>Presse-Oc\u00e9an <\/em>consid\u00e8re qu\u2019il est de son devoir de r\u00e9v\u00e9ler les esquisses de Jean Parois pour le c\u0153ur de ville. La discr\u00e9tion de la municipalit\u00e9 est alors s\u00e9rieusement remise en cause et l\u2019on peut imaginer que, face aux grands concours d\u2019architecture, les Yonnais se sont sentis dessaisis de leur avenir et n\u2019ont pas voulu perdre un paysage urbain, certes mal-aim\u00e9, avec un projet dans lequel ils se sentaient \u00e9trangers. Si la proposition de l\u2019\u00e9quipe Roland Castro se veut un appel \u00e0 l\u2019appropriation de la ville par ceux qui y vivent, la fa\u00e7on m\u00eame dont le concours est organis\u00e9 localement est per\u00e7ue comme d\u00e9cal\u00e9e. Les aspirations des \u00e9lus ne sont pas les m\u00eames que celles de habitants, d\u2019autant plus quand un quartier concentre le d\u00e9bat public au d\u00e9triment d\u2019autres o\u00f9 tout autant de choses restent \u00e0 construire. Jacques Auxiette le sait, Paul Caillaud le mesurera trop tard<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\">[23]<\/a>. Au lendemain de sa d\u00e9faite face \u00e0 la gauche qui a fait campagne notamment pour l\u2019implication des habitants dans les projets, Paul Caillaud reconna\u00eet que la ville a connu une mue trop rapide.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019opposition esth\u00e9tique, le co\u00fbt, les difficult\u00e9s techniques, etc. ont raison du projet laur\u00e9at du concours d\u2019architectes. En novembre 1975, la municipalit\u00e9 revoit sa copie (figure 4) et fait voter un programme associant l\u2019\u00e9quipe Castro et l\u2019Atelier d\u2019Architecture et d\u2019Urbanisme<a id=\"_ftnref24\" href=\"#_ftn24\">[24]<\/a>&nbsp;cr\u00e9\u00e9 par la Ville en 1973. La place est alors imagin\u00e9e d\u00e9lest\u00e9e de la vaste serre qui encombrait la perspective est-ouest mais reste dot\u00e9e d\u2019\u00e9quipements culturels, commerciaux, etc. Malgr\u00e9 des \u00e9volutions notables, l\u2019id\u00e9e n\u2019aboutit pas et le changement de majorit\u00e9 municipale remet les cartes \u00e0 plat. Telle qu\u2019inaugur\u00e9e en 1982, la place Napol\u00e9on pr\u00e9sente quatre jardins, des poches de stationnement sur les c\u00f4t\u00e9s et un espace central d\u00e9gag\u00e9 qui cesse ainsi d\u2019\u00eatre un parc automobile de 500 places. Le sujet est sensible, la majorit\u00e9 de Jacques Auxiette m\u00e8ne un am\u00e9nagement sobre qui, en offrant davantage d\u2019espaces aux pi\u00e9tons, s\u2019inscrit dans une certaine continuit\u00e9 avec le projet pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"555\" src=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Projet-Roland-Castro-modifie-AAU-1975-La-Roche-sur-Yon-place-Napoleon-numerisation-William-Chevillon.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-456\" srcset=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Projet-Roland-Castro-modifie-AAU-1975-La-Roche-sur-Yon-place-Napoleon-numerisation-William-Chevillon.png 768w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Projet-Roland-Castro-modifie-AAU-1975-La-Roche-sur-Yon-place-Napoleon-numerisation-William-Chevillon-300x217.png 300w\" sizes=\"(max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Figure 4. Le projet modifi\u00e9 d\u2019am\u00e9nagement de la place Napol\u00e9on pr\u00e9sent\u00e9 par la Ville \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1975.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Si la fa\u00e7on de concevoir les projets est pr\u00e9sent\u00e9e comme diff\u00e9rente, l\u2019acceptation de l\u2019h\u00e9ritage architectural de la ville par les \u00e9quipes municipales est laborieuse d\u2019une majorit\u00e9 \u00e0 l\u2019autre, \u00e0 l\u2019image sans doute de la compr\u00e9hension g\u00e9n\u00e9rale de ce patrimoine au niveau local en d\u00e9calage avec un int\u00e9r\u00eat nouveau exprim\u00e9 par le minist\u00e8re de la Culture et sa direction r\u00e9gionale. Par un courrier en date du 9 juin 1976<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\">[25]<\/a>, le directeur r\u00e9gional des affaires culturelles Yves Renaudin, qui se r\u00e9jouit des modifications apport\u00e9es au projet d\u2019am\u00e9nagement de la place Napol\u00e9on, demande au conseil municipal de se prononcer en faveur du classement comme monument historique de l\u2019\u00e9glise Saint-Louis. Exprim\u00e9 d\u00e8s juin 1974 par la commission sup\u00e9rieure des monuments historiques, ce souhait de prot\u00e9ger le monument n\u00e9oclassique est rejet\u00e9 par la municipalit\u00e9 qui tient \u00e0 pr\u00e9server sa libert\u00e9 d\u2019agir en visibilit\u00e9 du monument. Seule une protection d\u2019\u00e9l\u00e9ments mobiliers est consentie<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\">[26]<\/a>. La demande de 1976 n\u2019ayant pas abouti, le conservateur r\u00e9gional des b\u00e2timents de France exprime \u00e0 nouveau la position de l\u2019\u00c9tat le 20 septembre 1978. Relanc\u00e9e quelques temps plus tard, la municipalit\u00e9 rejette \u00e0 nouveau l\u2019id\u00e9e d\u2019une protection le 18 avril 1980 en raison \u00ab des cons\u00e9quences que comporterait un tel classement au regard du code de l\u2019urbanisme<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\">[27]<\/a>&nbsp;\u00bb. La Ville sugg\u00e8re simplement un classement de l\u2019int\u00e9rieur, ce que l\u2019\u00c9tat refuse avant que les deux parties conviennent d\u2019une inscription de l\u2019\u00e9difice, moins contraignante que le classement. Confront\u00e9e \u00e0 \u00ab l\u2019importance du b\u00e2timent et en particulier des travaux d\u2019entretien \u00e0 effectuer \u00bb, la municipalit\u00e9 propose finalement le classement de l\u2019\u00e9glise au titre des monuments historiques par une d\u00e9lib\u00e9ration en date du 17 d\u00e9cembre 1981<a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\">[28]<\/a>. Plus que l\u2019argument patrimonial, c\u2019est la question du financement des travaux de sauvegarde qui pr\u00e9side au classement, au terme de huit ann\u00e9es d\u2019\u00e9changes, (l\u2019apport de l\u2019\u00c9tat est moins important pour un monument inscrit). Un temps menac\u00e9e mais sauv\u00e9e par la reconversion du b\u00e2timent en conservatoire, la fa\u00e7ade du palais de justice b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un arr\u00eat\u00e9 d\u2019inscription en 1985, cl\u00f4turant une p\u00e9riode o\u00f9 tous les r\u00eaves d\u2019architectes et urbanistes ont sembl\u00e9 possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien davantage qu\u2019une opposition entre conservateurs et modernistes, les \u00e9volutions architecturales et urbaines connues \u00e0 La Roche-sur-Yon sont l\u2019objet de m\u00e9sententes, de d\u00e9bats et d\u2019exp\u00e9riences aux succ\u00e8s variables. Quand, au milieu des ann\u00e9es 1980, la progression d\u00e9mographique cesse d\u2019\u00eatre exponentielle, la ville se recentre un peu plus sur ce qui fait son identit\u00e9. C\u2019est la p\u00e9riode o\u00f9 l\u2019on commence \u00e0 reconsid\u00e9rer l\u2019acte de d\u00e9placement du chef-lieu de Fontenay-le-Comte \u00e0 La Roche en 1804. C\u2019est aussi la p\u00e9riode o\u00f9 l\u2019on travaille \u00e0 animer culturellement la ville. Ce qui \u00e9tait esquiss\u00e9 par Paul Caillaud, par pragmatisme bien davantage que par volont\u00e9 r\u00e9volutionnaire, est d\u00e9velopp\u00e9, de mani\u00e8re diff\u00e9rente, par son successeur. Plus qu\u2019une rupture dans les projets, les m\u00e9thodes et les maladresses, ce qui gouverne c\u2019est certainement l\u2019envie de bien faire, de surprendre parfois, pour donner vie \u00e0 un centre qui a parfois sembl\u00e9 \u00eatre un peu mal taill\u00e9 pour les Yonnais et les Vend\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n<p>William Chevillon<\/p>\n\n\n\n<p><em>Conf\u00e9rencier et m\u00e9diateur dans l\u2019Ouest de la France, William Chevillon travaille sur le lien entre un territoire et les personnes. En 2020, il a publi\u00e9 un ouvrage consacr\u00e9 au patrimoine, \u00e0 l\u2019architecture et au d\u00e9veloppement de Fontenay-le-Comte (\u00e9ditions du CVRH). Ses travaux de recherches portent sur l\u2019art dans l\u2019espace public, l\u2019urbanisme, l\u2019histoire de la Vend\u00e9e et de territoires du Val de Loire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tude initialement publi\u00e9e dans le num\u00e9ro 25 de la revue scientifique Recherches Vend\u00e9ennes. Source compl\u00e8te :<\/p>\n\n\n\n<p>William Chevillon, \u00ab Du pass\u00e9 faisons table rase ? 1965-1985, r\u00e9flexions autour de l&rsquo;identit\u00e9 architecturale de La Roche-sur-Yon \u00bb, <em>Recherches vend\u00e9ennes<\/em>, n\u00b0 25, Annuaire de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9mulation de la Vend\u00e9e et revue du Centre vend\u00e9en de recherches historiques, La Roche-sur-Yon, 2020, p. 431 \u00e0 442.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> S\u2019agissant d\u2019\u00e9voquer vingt ann\u00e9es de bouillonnement intellectuel sur la forme urbaine \u00e0 pr\u00e9server ou \u00e0 bouleverser, cet article repose en grande partie sur l\u2019analyse de la presse et non sur des archives administratives. Certains projets abord\u00e9s ici n\u2019ont d\u2019ailleurs jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9s lors de r\u00e9unions de commissions ou conseils municipaux. Parce qu\u2019elle est le portrait subjectif, affectif parfois, du territoire, la presse nous renseigne pr\u00e9cis\u00e9ment sur des d\u00e9bats et des controverses qui souvent furent des combats culturels. Non cit\u00e9es en bas de page, les sources de presse utilis\u00e9es ici sont les journaux : <em>Ouest-France<\/em>, de 1965 \u00e0 1985 ; <em>Presse-Oc\u00e9an<\/em>, de 1970 \u00e0 1980 ; <em>Le Nouveau Messager de la Vend\u00e9e<\/em> (hebdomadaire), de 1965 \u00e0 1977 ; <em>Vend\u00e9e Libre<\/em> (hebdomadaire), 1965. Ces titres de presse ont \u00e9t\u00e9 consult\u00e9s de mani\u00e8re essentiellement physique (fonds des archives municipales de La Roche-sur-Yon et de la m\u00e9diath\u00e8que Benjamin-Rabier) et parfois de mani\u00e8re num\u00e9rique pour quelques articles de <em>Ouest-France<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Bernard Huet (dir.), \u00ab Les centres historiques face au d\u00e9veloppement \u00bb, <em>L\u2019architecture d\u2019Aujourd\u2019hui<\/em>, n\u00b0 180, 1975, p. 1-74.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Plusieurs fois cit\u00e9 en exemple dans les ann\u00e9es 1970 (ibid.), le cas de Bologne int\u00e9resse encore vingt ans apr\u00e8s la presse sp\u00e9cialis\u00e9e mais \u00e9galement les maires de gauche de grandes villes. En t\u00e9moigne la conf\u00e9rence \u00ab Le socialisme \u00e0 visage urbain \u00bb tenue dans la ville lombarde en janvier 1995. Outre sa r\u00e9putation politique, Bologne rayonne par des choix de pr\u00e9servation et de r\u00e9habilitation qui associent les int\u00e9r\u00eats patrimoniaux, sociaux et \u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Sans \u00eatre un cas unique de centre en d\u00e9calage manifeste par rapport au reste de la ville, La Roche-sur-Yon est un des exemples les plus marquants \u00e0 ce sujet (en excluant le cas particulier des stations baln\u00e9aires \u00e0 deux vitesses et \u00e0 plusieurs niveaux de centralit\u00e9s face au tourisme de masse).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Dominique Guimbreti\u00e8re, Christian Pihet, \u00ab Autour d\u2019Angers et de la Roche-sur-Yon. \u00c9tude compar\u00e9e de quelques aspects de l\u2019espace p\u00e9ri-urbain \u00bb, <em>Norois, revue g\u00e9ographique de l\u2019Ouest et des pays de l\u2019Atlantique Nord<\/em>, n\u00b0 136, 1987, p. 549-560.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Jacques Jeanneau \u00ab Prospective d\u2019un S.D.A.U. et r\u00e9alit\u00e9 : le Grand Angers en 1985 \u00bb, <em>Norois, revue g\u00e9ographique de l\u2019Ouest et des pays de l\u2019Atlantique Nord<\/em>, n\u00b0 132, 1986, p. 579-589.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> On se rappelle de la circulaire d\u2019Olivier Guichard en date du 21 mars 1973 portant sur l\u2019interdiction des grands ensembles et \u00e0 la lutte contre la s\u00e9gr\u00e9gation sociale par l\u2019habitat. Quelques ann\u00e9es plus tard, les politiques de Raymond Barre favoriseront l\u2019habitat pavillonnaire au d\u00e9triment des ensembles collectifs.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Michel Michel, \u00ab Ville moyenne, ville-moyen \u00bb, <em>Annales de g\u00e9ographie<\/em>, n\u00b0 478, 1977, p. 641-685.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Lo\u00efc Vadelorge, \u00ab Les villes moyennes, un champ pour l\u2019histoire du temps pr\u00e9sent des politiques publiques ? \u00bb, <em>Pour m\u00e9moire<\/em>, revue du comit\u00e9 d\u2019histoire des minist\u00e8res de l\u2019\u00c9cologie et du Logement, n\u00b0 13, 2014, p. 9-16.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> La d\u00e9lib\u00e9ration du conseil municipal en date du 6 novembre 1975 d\u00e9finit huit formes d\u2019actions \u00e0 r\u00e9aliser dans le cadre du contrat avec l\u2019\u00c9tat : am\u00e9nagement de la place Napol\u00e9on, am\u00e9nagement de voies pi\u00e9tonnes, circulation et stationnement, mise en place d\u2019une politique de transports urbains, animation (essentiellement par l\u2019am\u00e9nagement d\u2019une salle polyvalente et de locaux socio-culturels sur la place Napol\u00e9on ainsi que par la reconversion de l\u2019ancien tribunal en conservatoire), place du Th\u00e9\u00e2tre, revalorisation du quartier ancien (par l\u2019artisanat notamment), politique verte.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Paul Faucheux, \u00ab Urbanisme et d\u00e9veloppement \u00bb dans Collectif, <em>La Roche-sur-Yon, une capitale pour la Vend\u00e9e<\/em>, Le Cercle d\u2019Or, Les Sables-d\u2019Olonne, 1982, p. 141-149.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Bernard Geoffroy, \u00ab La naissance d\u2019un espace p\u00e9ri-urbain en province : le cas de La Roche-sur-Yon \u00bb, <em>Norois, revue g\u00e9ographique de l\u2019Ouest et des pays de l\u2019Atlantique Nord<\/em>, n\u00b0 108, 1980, p. 609-614.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> B. Geoffroy, \u00ab La Roche-sur-Yon aujourd\u2019hui \u00bb, dans op. cit., note 11, p. 215-223.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> William Chevillon (correspondant), \u00ab La place Napol\u00e9on, toute une histoire \u00bb, <em>Ouest-France<\/em>, \u00e9dition La Roche-sur-Yon, 27 mai 2017.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Tant pour l\u2019h\u00f4tel de ville que pour l\u2019am\u00e9nagement de ses abords, on se r\u00e9f\u00e8rera \u00e0 la s\u00e9rie W des archives municipales.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Le 22 juillet 1968, Ouest-France publie dans son \u00e9dition vend\u00e9enne la photo d\u2019une maquette pr\u00e9sent\u00e9e comme celle de l\u2019h\u00f4tel de ville tout en pr\u00e9cisant clairement la notion de sur\u00e9l\u00e9vation. Le projet diffus\u00e9 par Ouest-France montre un parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8de rectangle coiff\u00e9 d\u2019une structure semblable \u00e0 un mouvement de vagues. \u00c0 ce jour, apr\u00e8s consultation d\u2019archives et \u00e9changes avec l\u2019architecte Guy Durand en janvier 2020, la nature exacte et l\u2019auteur du projet pr\u00e9sent\u00e9 par Ouest-France restent inconnus.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> Correspondance avec Bernard et Clotilde Barto et entretien avec Ren\u00e9 Naulleau en mars 2017.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> En 1975, la pi\u00e9tonisation fait partie des grandes orientations du contrat de ville moyenne sign\u00e9 avec l\u2019\u00c9tat. D\u00e9fendue par Paul Caillaud, la pi\u00e9tonisation est mise en pratique par son successeur. Cela vaudra \u00e0 La Roche-sur-Yon d\u2019\u00eatre pour quelques ann\u00e9es une r\u00e9f\u00e9rence dans le domaine.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> Propos recueillis dans <em>Ouest-France<\/em>, \u00e9dition Vend\u00e9e, 14 f\u00e9vrier 1968.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> Pour une vision d\u00e9taill\u00e9e des deux projets, on pourra se r\u00e9f\u00e9rer aux articles respectifs de Fran\u00e7ois Laisney et Jean-Louis Violeau dans Gilles Bienvenu et G\u00e9raldine Texier-Rideau (dir.), <em>Autour de la ville de Napol\u00e9on<\/em>, colloque de La Roche-sur-Yon, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2006.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> Six projets retenus sur 73 propositions et probablement plusieurs dizaines de projets non-envoy\u00e9s en raison de querelles d\u2019architectes sur fond de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, comme le pr\u00e9cise <em>Ouest-France<\/em> le 19 avril 1975.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> Yves M\u00e9nard (dir.), <em>concours am\u00e9nagement de la place napol\u00e9on<\/em>, ATAU, La Roche-sur-Yon, mai 1975, 16 p.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a> Jacques Auxiette remporte l\u2019\u00e9lection municipale de mars 1977 avec une large avance sur la liste de Paul Caillaud dans les bureaux de vote des quartiers nouvellement construits. A contrario, Jacques Auxiette n\u2019est pas majoritaire dans les bureaux du centre-ville.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> Composition de l\u2019\u00e9quipe Castro GAU (Groupe Architecture Urbanisme) : Roland Castro, Abdelkrim Driss, Guy Duval, Jean-Jacques Faysse, Lorenzo Maggio, Bernard Og\u00e9, Antoine Stinco. ATAU (Atelier d\u2019Architecture et d\u2019Urbanisme cr\u00e9\u00e9 dans l\u2019optique du contrat de ville moyenne) : Yves M\u00e9nard, Guy Durand, Jean-Claude Pondevie ainsi que la DDE et les services municipaux.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a> Arch. mun. La Roche-sur-Yon, 282 W 125.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\">[26]<\/a> Rappelons qu\u2019\u00e0 cette p\u00e9riode, le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle commence seulement \u00e0 \u00eatre regard\u00e9 avec int\u00e9r\u00eat. M\u00eame s\u2019il n\u2019est question pour personne de d\u00e9truire l\u2019\u00e9glise Saint-Louis, le d\u00e9gagement du monument et son inscription dans un programme urbain sur mesure ne sont pas consid\u00e9r\u00e9s localement. Le cas n\u2019est pas exceptionnel : \u00e0 partir de 1948 \u00e0 Bruxelles, la perspective du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle qui valorise la cath\u00e9drale Sainte-Gudule est supprim\u00e9e et peu \u00e0 peu substitu\u00e9e par un quartier moderne. Bien plus tard, \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 1970, c\u2019est le retournement de conscience qui s\u2019op\u00e8re timidement au sujet du XIX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle qui permet alors de sauver par exemple quelques march\u00e9s couverts qui n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a> De la m\u00eame mani\u00e8re Jacques Auxiette s\u2019oppose, non sans s\u2019\u00eatre accord\u00e9 avec le pr\u00e9sident du Conseil g\u00e9n\u00e9ral Michel Crucis, \u00e0 une instance de classement du vieil h\u00f4pital napol\u00e9onien par un courrier en date du 9 janvier 1981. L\u2019h\u00f4pital est finalement inscrit le 28 d\u00e9cembre 1981.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\">[28]<\/a> Le classement est effectif \u00e0 la date du 12 juillet 1982.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En quelques d\u00e9cennies, la pr\u00e9fecture vend\u00e9enne voit sa population exploser. 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