{"id":1109,"date":"2026-06-24T17:25:55","date_gmt":"2026-06-24T15:25:55","guid":{"rendered":"https:\/\/williamchevillon.fr\/?p=1109"},"modified":"2026-06-24T21:52:29","modified_gmt":"2026-06-24T19:52:29","slug":"lart-public-dans-le-territoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/williamchevillon.fr\/index.php\/2026\/06\/24\/lart-public-dans-le-territoire\/","title":{"rendered":"L\u2019art public dans le territoire"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">d\u2019un marqueur identitaire et culturel \u00e0 un t\u00e9moin des mutations de la soci\u00e9t\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Par William Chevillon, chercheur en histoire de l&rsquo;art<\/h4>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pr\u00e9sent dans le paysage quotidien \u00e0 travers sculptures, murs peints, tapisseries\u2026, l\u2019art public occupe une place en tous points du territoire national. Syst\u00e9matis\u00e9e \u00e0 compter de 1951 par le biais du 1 % artistique, la commande artistique publique est aussi diversifi\u00e9e d\u2019un point de vue plastique que dans ses appr\u00e9ciations. \u00c0 La Roche-sur-Yon, la venue d\u2019artistes cin\u00e9tiques majeurs d\u00e9note dans la Vend\u00e9e des ann\u00e9es 1970.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La notion d\u2019art public se confond avec celle d\u2019espace public. L\u2019espace public comme endroit appartenant \u00e0 l\u2019\u00c9tat ou \u00e0 la collectivit\u00e9, mais \u00e9galement, parfois, dans ce qu\u2019un terrain priv\u00e9 donne \u00e0 voir \u00e0 l\u2019observateur ext\u00e9rieur. L\u2019espace public avant tout lieu offert au regard de quiconque. Il en va de m\u00eame pour l\u2019\u0153uvre publique que chacun est amen\u00e9 \u00e0 s\u2019approprier, \u00e0 appr\u00e9cier, \u00e0 d\u00e9pr\u00e9cier ou \u00e0 ignorer. Livr\u00e9e au regard permanent, l\u2019\u0153uvre se fait objet de sensibilit\u00e9 dans l\u2019espace public, elle peut \u00e9galement en donner l\u2019articulation par sa seule pr\u00e9sence. De l\u2019Ancien R\u00e9gime aux comm\u00e9morations de 2004 portant sur le bicentenaire de la restructuration du d\u00e9partement, l\u2019\u0153uvre d\u2019art ou d\u00e9corative occupe une place saillante en Vend\u00e9e, comme en de nombreux territoires. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Objet d\u2019ornementation de l\u2019espace public, l\u2019\u0153uvre cristallise les attentions lorsqu\u2019elle op\u00e8re une rupture dans le paysage quotidien ou quand elle devient une vigie pour les manifestations m\u00e9morielles. Visuel, d\u00e9tenteur d\u2019un message, immortalisant un personnage et ses hauts faits, l\u2019art public \u00e9mane de choix engag\u00e9s par les communes, l\u2019\u00c9tat ou les artistes eux-m\u00eames. Aussi, le souvenir de Georges Clemenceau et Jean de Lattre de Tassigny peuple l\u2019espace commun, Jean Chevolleau et Jacques Launois offrent couleur et relief au regard de chacun, en plein c\u0153ur des bouleversantes Trente glorieuses les plus grands cin\u00e9tiques suscitent la discussion \u00e0 La Roche-sur-Yon. Par l\u2019art public ce sont de nombreuses composantes de la Vend\u00e9e moderne qui s\u2019expriment\u00a0: artistes, architectes, population, \u00e9lus et institutions. Aborder cette question revient par ailleurs \u00e0 traiter du territoire, non par rapport \u00e0 lui-m\u00eame mais en lien avec les influences les plus diverses, parfois lointaines, qu\u2019elles soient administratives comme artistiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La question des sources<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Traiter l\u2019art public implique une recherche croisant les sources archivistiques primaires, des sources plus secondaires, mais \u00e9galement un indispensable travail sur le terrain. S\u2019il ne s\u2019agit pas ici d\u2019expliciter une m\u00e9thode pr\u00e9cise, il convient d\u2019aborder la question du corpus dans la mesure o\u00f9 elle est r\u00e9v\u00e9latrice d\u2019un sujet parfois m\u00e9connu et dont les contours restent mouvants. <a href=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/index.php\/lart-dans-la-ville\/\" type=\"page\" id=\"1039\">Lorsque les recherches conduisant \u00e0 cette communication ont \u00e9t\u00e9 engag\u00e9es, en 2009<\/a> pour les pr\u00e9mices, il n\u2019existait pas d\u2019inventaire des \u0153uvres publiques \u00e0 La Roche-sur-Yon. Cela ne signifie pas une invisibilit\u00e9 du sujet, des donn\u00e9es touristiques ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es de longue date, mais cette d\u00e9marche a toujours \u00e9t\u00e9 partielle et circonscrite \u00e0 des int\u00e9r\u00eats cibl\u00e9s. En outre, la notion m\u00eame d\u2019\u0153uvre d\u2019art a pu \u00eatre plac\u00e9e en arri\u00e8re-plan, certaines r\u00e9alisations \u00e9tant davantage v\u00e9cues comme des \u00e9l\u00e9ments de mobilier urbain qu\u2019en tant qu\u2019objets artistiques. Assez t\u00f4t, il est donc apparu n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9tablir une liste la plus exhaustive possible, afin d\u2019approcher le th\u00e8me de mani\u00e8re \u00e0 en toucher tous les aspects.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ce sens, les documents administratifs conserv\u00e9s aux archives d\u00e9partementales de la Vend\u00e9e et municipales de La Roche-sur-Yon ont eu une utilit\u00e9 certaine. Crois\u00e9s avec les constats du terrain, ces \u00e9l\u00e9ments ont apport\u00e9 un premier lot d\u2019informations. \u00c0 l\u2019inverse, il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 plus pertinent dans bien des cas de partir des sources secondaires, telles la presse \u00e9crite et audiovisuelle ainsi que les rep\u00e9rages in situ, pour ensuite entrer plus ais\u00e9ment dans les fonds d\u2019archives. Dans les s\u00e9ries W des archives territoriales, c\u2019est-\u00e0-dire les documents publics post\u00e9rieurs \u00e0 1940, l\u2019exemple d\u2019une construction scolaire montre bien souvent une quantit\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9ments techniques sur le b\u00e2timent et, quand ils existent, quelques feuillets isol\u00e9s sur les questions artistiques. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plusieurs raisons peuvent expliquer cela, notamment le partage de la d\u00e9cision de la commande artistique entre plusieurs acteurs, bien souvent la collectivit\u00e9 territoriale et les services culturels de l\u2019\u00c9tat. La multiplicit\u00e9 des parties prenantes justifie par exemple qu\u2019une estimation financi\u00e8re et quelques correspondances soient conserv\u00e9es \u00e0 La Roche-sur-Yon et que le dossier de candidature de l\u2019artiste se retrouve quant \u00e0 lui dans les rayonnages des Archives nationales. S\u2019il peut y avoir des lacunes, la seule faiblesse de certaines sources d\u2019archives publiques ne saurait expliquer la difficult\u00e9 d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information. Le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour l\u2019\u0153uvre d\u2019art \u00e0 un moment donn\u00e9 peut \u00eatre une cause, mais il convient de souligner le r\u00f4le des artistes et architectes dans la transmission des \u00e9l\u00e9ments relatifs aux commandes qui leur sont faites<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Cela renvoie bien entendu \u00e0 la question plus g\u00e9n\u00e9rale des archives priv\u00e9es, de leur conservation et de leur utilit\u00e9, avec la notion d\u00e9licate de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. Le versement r\u00e9cent aux Archives municipales de Nantes des fonds des architectes et artistes Bernard et Clotilde Barto constitue un exemple rare et majeur d\u2019un point de vue scientifique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aussi, la pr\u00e9sente d\u00e9marche de recherche est fond\u00e9e sur la consultation d\u2019archives publiques comme priv\u00e9es, le d\u00e9pouillement m\u00e9thodique de la presse, num\u00e9ris\u00e9e ou non, depuis 1945, la prospection sur le terrain, mais \u00e9galement des rencontres, correspondances et entretiens avec les artistes, les architectes, les personnels d\u2019\u00e9tablissements et services territoriaux. Il en d\u00e9coule un corpus de sources qui, rassembl\u00e9es et crois\u00e9es, permettent d\u2019appr\u00e9hender un sujet aux nombreuses ramifications.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le 1 % artistique et son d\u00e9veloppement local<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 1 % artistique \u00e9mane des cons\u00e9quences de la crise \u00e9conomique de 1929, lorsque par n\u00e9cessit\u00e9 de venir en aide aux artistes, l\u2019\u00c9tat, mais \u00e9galement des villes comme Paris<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, proposent une syst\u00e9matisation de la commande. Artistes, parlementaires de tous bords, \u00e9lus communaux\u2026 abondent dans l\u2019id\u00e9e qu\u2019un pourcentage du co\u00fbt de la construction d\u2019un b\u00e2timent public, soit r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l\u2019acquisition d\u2019une \u0153uvre d\u2019art. S\u2019affrontent alors les tenants d\u2019un art fran\u00e7ais et d\u2019un soutien aux artistes fran\u00e7ais d&rsquo;une part, les d\u00e9fenseurs de la cr\u00e9ation la plus moderne d&rsquo;autre part. S\u2019opposent parfois les promoteurs de l\u2019art pour tous, et les pragmatiques d\u00e9sireux de donner du travail plus que des allocations aux artistes. Brillant ministre de l\u2019\u00c9ducation nationale et des Beaux-arts du Front populaire, Jean Zay se saisit de la question et porte en 1937 une circulaire d\u00e9finissant un taux de 1,5 % applicable dans les constructions scolaires.\u00a0 La bascule de 1939 a raison de ce souhait d&rsquo;e porter&rsquo;encourager l\u2019art en tous points du territoire et, en 1951, l\u2019id\u00e9e est reprise sous la forme d\u2019une circulaire. D\u00e9fendu par Jacques Jaujard, Ren\u00e9 Ich\u00e9 et le ministre Pierre-Olivier Lapie, le 1 % artistique na\u00eet. Il convient de relever qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0, l\u2019art monumental est particuli\u00e8rement soutenu, notamment lorsque le peintre Nicolas Untersteller porte, en 1948, un concours ayant le but de favoriser le lien entre l\u2019objet artistique et l\u2019architecture<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Le contexte de la reconstruction est \u00e9videmment moteur : des travaux d\u00e9coratifs au Havre, \u00e0 Saint-Nazaire ou encore \u00e0 Rouen attestent d\u2019un int\u00e9r\u00eat certain pour la cr\u00e9ation d\u2019un environnement artistique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s 1951, 1 % du montant HT de la construction d\u2019un b\u00e2timent scolaire est allou\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation ou \u00e0 l\u2019acquisition d\u2019\u0153uvres d\u2019art. Circonscrite au domaine de l\u2019\u00e9ducation, la mesure est peu \u00e0 peu \u00e9tendue aux \u00e9difices d\u00e9pendant d\u2019autres minist\u00e8res. Ce dispositif a, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, permis la r\u00e9alisation de 12 \u00e0 13 000 \u0153uvres. Dans le cas pr\u00e9cis de La Roche-sur-Yon, 35 \u00e0 40 sculptures, murs peints ou encore tapisseries, rel\u00e8vent de ce mode d\u2019achat<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Lente dans son application, le 1 % prend naturellement son essor \u00e0 mesure que sont b\u00e2tis de nouveaux \u00e9tablissements scolaires. Parmi les premiers exemples yonnais, relevons le sculpteur Ren\u00e9 Leleu au lyc\u00e9e \u00c9douard-Branly, Marthe Baumel-Schwenck ou encore Bernard et Yvette Alleaume-Vincent au lyc\u00e9e de gar\u00e7ons. Tr\u00e8s t\u00f4t, le paysage local s\u2019enrichit d\u2019une diversit\u00e9 dans les supports plastiques, les domaines d\u2019expression et les horizons g\u00e9ographiques des artistes r\u00e9pondant aux commandes. L\u2019explosion d\u00e9mographique de La Roche-sur-Yon induit la n\u00e9cessaire construction d\u2019infrastructures dans les nouveaux quartiers. Le 1 % se fait le t\u00e9moin de ces \u00e9volutions de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le cin\u00e9tisme \u00e0 l\u2019avant-garde du territoire&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1964, les communes du Bourg-sous-la-Roche et de Saint-Andr\u00e9-d\u2019Ornay sont greff\u00e9es au chef-lieu vend\u00e9en, pour conforter son d\u00e9veloppement \u00e0 grande vitesse (24 000 habitants en 1962, 12 000 de plus six ann\u00e9es apr\u00e8s). Tout semble possible dans les mutations de la ville. Biblioth\u00e8que, mus\u00e9e, salle de spectacle, march\u00e9 moderne, h\u00f4tel de ville, immeubles de grande hauteur, les id\u00e9es foisonnent. Les projets, parfois, restent dans les cartons et, d\u2019autres fois, \u00e9mergent de ce qui ressemble encore \u00e0 une petite agglom\u00e9ration<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Gage des avanc\u00e9es d\u2019une cit\u00e9 qui change d\u2019horizons, et d\u2019un d\u00e9partement qui appr\u00e9hende la notion d\u2019urbanit\u00e9, Presse-Oc\u00e9an titre en 1965 : \u00ab De la ville o\u00f9 l\u2019on s\u2019ennuie \u00e0 celle o\u00f9 l\u2019on sera bien accueilli \u00bb. En 1971, \u00e0 l\u2019ouest de La Roche-sur-Yon, tr\u00e8s exactement dans l\u2019ancien bourg de Saint-Andr\u00e9-d\u2019Ornay<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, un \u00e9v\u00e9nement se produit. L\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, le lyc\u00e9e polyvalent ouvrait ses portes. Un lyc\u00e9e public mixte, c\u2019est une nouveaut\u00e9 pour le territoire, con\u00e7u comme un campus avec les b\u00e2timents \u00e9clat\u00e9s dans un parc de trois \u00e0 quatre hectares (fig. 1). <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"732\" src=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-1-1024x732.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1110\" srcset=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-1-1024x732.jpg 1024w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-1-300x214.jpg 300w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-1-768x549.jpg 768w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-1-1536x1097.jpg 1536w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-1-1170x836.jpg 1170w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-1.jpg 1723w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Fig. 1. Vue du lyc\u00e9e Polyvalent de La Roche-sur-Yon autour de 1971.<br>Archives municipales de La Roche-sur-Yon.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un jour de printemps en 1971, un petit camion-grue arrive route des Sables-d\u2019Olonne. Il doit porter sur son socle une \u0153uvre de Nicolas Sch\u00f6ffer. C\u00f4t\u00e9 est, sur le boulevard Arago, une \u00e9quip\u00e9e est l\u00e0 quelque temps plus tard pour l\u2019installation d\u2019une sculpture \u00e0 neuf branches (fig. 2)\u00a0: Yaacov Agam, l\u2019artiste, Ren\u00e9 Naulleau, l\u2019architecte, Paul Caillaud, le maire, Fernand Montlahuc, le proviseur et Pierre Chaigneau, conseiller r\u00e9gional aux arts plastiques et premier conservateur du mus\u00e9e de l\u2019abbaye Sainte-Croix aux Sables-d\u2019Olonne. C\u2019est lui, Pierre Chaigneau, que Ren\u00e9 Naulleau contacte lorsqu\u2019il se retrouve confront\u00e9 \u00e0 l\u2019obligation du 1 % pour le lyc\u00e9e qu\u2019il construit. Futur architecte de l\u2019immeuble <em>Arc-en-ciel<\/em> de Saint-Jean-de-Monts, Ren\u00e9 Naulleau sait qu\u2019il faut s\u2019entourer pour apporter une plus-value \u00e0 certains projets.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"704\" src=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-2-Lemasson-Agam-Naulleau-Caillaud-Montlahuc-1024x704.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1111\" srcset=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-2-Lemasson-Agam-Naulleau-Caillaud-Montlahuc-1024x704.jpg 1024w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-2-Lemasson-Agam-Naulleau-Caillaud-Montlahuc-300x206.jpg 300w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-2-Lemasson-Agam-Naulleau-Caillaud-Montlahuc-768x528.jpg 768w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-2-Lemasson-Agam-Naulleau-Caillaud-Montlahuc-1536x1056.jpg 1536w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-2-Lemasson-Agam-Naulleau-Caillaud-Montlahuc-2048x1407.jpg 2048w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-2-Lemasson-Agam-Naulleau-Caillaud-Montlahuc-1170x804.jpg 1170w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Fig. 2. Yaacov Agam, Ren\u00e9 Naulleau, Paul Caillaud et Fernand Montlahuc lors de l\u2019installation de <em>Toutes directions<\/em> en 1971.<br>Clich\u00e9 Yves Lemasson.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors que les attributions de commandes ne sont pas aussi encadr\u00e9es qu\u2019elles le sont aujourd\u2019hui, il demande conseil \u00e0 Pierre Chaigneau qui lui sugg\u00e8re de penser \u00e0 une diversit\u00e9 artistique au niveau du territoire dans son ensemble<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. En 1968, Pierre Chaigneau renversait la table en organisant le cycle d\u2019expositions Triade sur la c\u00f4te vend\u00e9enne : l\u2019art figuratif \u00e0 Saint-Gilles-Croix-de-Vie, l\u2019art abstrait \u00e0 Saint-Jean-de-Monts, l\u2019art cin\u00e9tique aux Sables-d\u2019Olonne<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a> ; un programme comme on en propose un tous les vingt ans, une initiative qui d\u00e9note dans une Vend\u00e9e qui commence \u00e0 changer d\u2019\u00e9chelle et qui semble d\u00e9couvrir la modernit\u00e9.\u00a0 Peu apr\u00e8s Triade donc, Ren\u00e9 Naulleau et Pierre Chaigneau ont une discussion. Chaigneau apporte les noms de Yaacov Agam, Nicolas Sch\u00f6ffer, Carlos Cruz-Diez et Antonio Asis, quatre artistes ayant expos\u00e9 aux Sables-d\u2019Olonne en 1968 ; des cin\u00e9tiques parmi les artistes que Denise Ren\u00e9, galeriste pionni\u00e8re, \u00ab intr\u00e9pide \u00bb dira plus tard le Centre Pompidou, porte depuis la fin de la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi eux, figure le Franco-Isra\u00e9lien Yaacov Agam. En 1977, il r\u00e9alisera une fontaine monumentale et musicale dans le quartier francilien de la D\u00e9fense. En 1974, il livrera l\u2019antichambre des appartements pr\u00e9sidentiels au palais de l\u2019\u00c9lys\u00e9e (Fig. 3) \u2013 une commande de Georges Pompidou, \u0153uvre totale faite de panneaux de couleur, d\u2019une sculpture et d\u2019un tapis tiss\u00e9 par la manufacture des Gobelins (image d&rsquo;en-t\u00eate). En 1971 il installe Toutes Directions au lyc\u00e9e polyvalent de La Roche-sur-Yon. Il s\u2019agit d\u2019une \u0153uvre cin\u00e9tique, c\u2019est-\u00e0-dire dont le mouvement est induit par l\u2019apparence de l\u2019objet, mais \u00e9galement par son d\u00e9placement ou celui du spectateur. Invit\u00e9s \u00e0 faire pivoter les \u00e9l\u00e9ments m\u00e9talliques, les usagers de l\u2019\u00e9tablissement peuvent ainsi cr\u00e9er un environnement visuel diff\u00e9rent d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre. Sit\u00f4t install\u00e9e, l\u2019\u0153uvre est pour autant fig\u00e9e dans la position qui est toujours la sienne aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-3-Antichambre-Agam-1024x684.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1112\" srcset=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-3-Antichambre-Agam-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-3-Antichambre-Agam-300x200.jpg 300w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-3-Antichambre-Agam-768x513.jpg 768w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-3-Antichambre-Agam-1536x1026.jpg 1536w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-3-Antichambre-Agam-2048x1368.jpg 2048w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-3-Antichambre-Agam-1170x781.jpg 1170w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Fig. 3. Antichambre des appartements pr\u00e9sidentiels de Georges Pompidou par Yaacov Agam, 1972-1974.<br>Situation d\u2019exposition au Mus\u00e9e national d\u2019art moderne, clich\u00e9 de l&rsquo;auteur.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Du devenir de l\u2019\u0153uvre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le cas de Yaacov Agam permet d\u2019illustrer une double probl\u00e9matique, croisant \u00e0 la fois les aspects les plus positifs du 1 % artistique et les limites dans l\u2019application d\u2019un tel programme. Il est \u00e9vident que, sans l\u2019obligation de d\u00e9coration des constructions publiques, La Roche-sur-Yon n\u2019aurait pas acquis une \u0153uvre d\u2019un tel artiste international. Avec la pr\u00e9sence d\u2019autres sculpteurs ou peintres de renom, cela conf\u00e8re \u00e0 la ville une place importante au niveau national. D\u00e9velopper les croisements artistiques, c\u2019est ce que souhaitait Pierre Chaigneau ; ce faisant, il a contribu\u00e9 \u00e0 apporter une sp\u00e9cificit\u00e9 propre \u00e0 la ville,\u00a0 celle de pr\u00e9senter plusieurs cin\u00e9tiques de grande envergure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour autant, un tel h\u00e9ritage artistique ne va pas sans quelque mod\u00e9ration dans l\u2019appr\u00e9ciation. S\u2019agit-il d\u2019un d\u00e9calage entre la Vend\u00e9e de 1970 et l\u2019obligation faite par l\u2019\u00c9tat&nbsp;; la difficile appropriation locale de certaines \u0153uvres permet de soulever cette hypoth\u00e8se. En outre, c\u2019est une situation courante en tous points du pays. En t\u00e9moigne un exemple embl\u00e9matique \u00e0 Oloron-Sainte-Marie<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a> o\u00f9 une \u0153uvre du sculpteur italien Berto Lardera est implant\u00e9e dans les ann\u00e9es 1960 au sein du lyc\u00e9e Jules-Supervielle. Sous le titre de <em>Cri du go\u00e9land<\/em>, l\u2019objet m\u00e9tallique est au c\u0153ur d\u2019une l\u00e9gende tenace selon laquelle l\u2019artiste aurait confondu la ville des Pyr\u00e9n\u00e9es-Atlantiques avec l\u2019\u00eele d\u2019Ol\u00e9ron distante de plusieurs centaines de kilom\u00e8tres. Choisie par l\u2019\u00c9tat, sur proposition d\u2019acteurs locaux, l\u2019\u0153uvre ne r\u00e9siste pas \u00e0 une fable mont\u00e9e de toutes pi\u00e8ces. Une histoire enjoliv\u00e9e, propag\u00e9e et prise pour argent comptant mais certainement r\u00e9v\u00e9latrice de la difficile ad\u00e9quation entre l\u2019ambition de cr\u00e9er un environnement artistique et l\u2019\u00e9preuve du terrain. Parfois souriante, la critique se fait vive lorsqu\u2019il s\u2019agit de contester un dispositif jug\u00e9 jacobiniste, tel <em>Un art de fonctionnaires<\/em> ainsi que le titre le professeur Yves Aguilar en 1988<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le cas yonnais de Yaacov Agam, t\u00e9moins et journaux rapportent le surnom moqueur d\u2019\u00ab\u00a0Orgues de Staline\u00a0\u00bb. Jug\u00e9es s\u00e9v\u00e8rement dans la presse, les sculptures cin\u00e9tiques de La Roche-sur-Yon sont \u00e9galement mal comprises car, faute de financements et en raison de difficult\u00e9s techniques, elles n\u2019ont jamais re\u00e7u les dispositifs leur donnant lumi\u00e8re et mouvement. En outre la notion contemporaine de m\u00e9diation est difficilement concevable dans le contexte d\u2019installation des \u0153uvres. Le conseil municipal n\u2019est pas en reste puisque dans les d\u00e9bats certains \u00e9lus acceptent tant bien que mal qu\u2019une commande leur soit impos\u00e9e. En 1975 la situation vire au conflit lorsqu\u2019une proposition accept\u00e9e du peintre vend\u00e9en Albert Deman est critiqu\u00e9e d\u2019un point de vue esth\u00e9tique et contractuel. L\u2019artiste, qui n\u2019est pas un cin\u00e9tique, retire alors purement et simplement son projet. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deman n\u2019est pourtant pas un inconnu, il jouit d\u2019ailleurs d\u2019une belle r\u00e9putation. L\u2019une de ses \u0153uvres locales les plus \u00e9minentes est le chemin de croix r\u00e9alis\u00e9 au milieu des ann\u00e9es 1950 pour la chapelle de l\u2019h\u00f4pital d\u00e9partemental, ensemble ex\u00e9cut\u00e9 en remerciements de soins prodigu\u00e9s \u00e0 une personne proche<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. Il a par ailleurs d\u00e9j\u00e0 exerc\u00e9 sa pratique artistique dans le cadre du 1 % du lyc\u00e9e \u00c9douard-Herriot, accomplissant des lithographies ayant pour th\u00e8me les Fables de La Fontaine. En 1975, il se retrouve confront\u00e9 au non-aboutissement d\u2019un projet engag\u00e9 en 1969 consistant en la r\u00e9alisation\u00a0 d\u2019une sculpture-jeu destin\u00e9e au groupe scolaire Jean-Moulin. Progressivement, il revoit le projet \u00e0 la baisse jusqu\u2019\u00e0 en demander le r\u00e9examen sous une forme tout \u00e0 fait diff\u00e9rente. Cette situation traduit la difficult\u00e9 rencontr\u00e9e par certains artistes de se conformer au cahier des charges d\u2019une commande r\u00e9glement\u00e9e, ce, d\u2019un point de vue financier, mais \u00e9galement dans la mesure o\u00f9 l\u2019\u0153uvre doit r\u00e9pondre \u00e0 des dispositions pr\u00e9cises de r\u00e9sistance et de s\u00e9curit\u00e9. Livr\u00e9 \u00e0 la critique sur ces aspects, Albert Deman doit \u00e9galement faire face aux remarques portant sur l\u2019esth\u00e9tique de ses cr\u00e9ations et des projets de d\u00e9corations scolaires en g\u00e9n\u00e9ral<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Aussi, renonce-t-il, au printemps 1975, \u00e0 mener sa commande \u00e0 terme. D\u00e8s lors, il refusera de candidater pour de nouveaux 1 % \u00e0 La Roche-sur-Yon.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"760\" src=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-5-Ouest-France-1971-04-02-1024x760.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1114\" srcset=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-5-Ouest-France-1971-04-02-1024x760.png 1024w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-5-Ouest-France-1971-04-02-300x223.png 300w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-5-Ouest-France-1971-04-02-768x570.png 768w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-5-Ouest-France-1971-04-02-1170x868.png 1170w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-5-Ouest-France-1971-04-02.png 1243w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Fig. 4. <em>Chronos 8<\/em> de Nicolas Sch\u00f6ffer peu avant son installation,<br>d\u00e9tail relay\u00e9 par le quotidien <em>Ouest-France<\/em>, le 2 avril 1971.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malmen\u00e9es souvent, les \u0153uvres du 1 % connaissent des sorts allant de l\u2019oubli \u00e0 la disparition. Le cas de <em>Chronos 8<\/em>, la seconde \u0153uvre du lyc\u00e9e polyvalent install\u00e9e en 1971 pr\u00e8s de la route des Sables-d\u2019Olonne (Fig. 4), est particuli\u00e8rement embl\u00e9matique. Il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9alisation de Nicolas Sch\u00f6ffer, un artiste franco-hongrois th\u00e9oricien de l\u2019art cybern\u00e9tique, une forme par laquelle l\u2019\u0153uvre est en interaction avec les hommes et l\u2019espace. Int\u00e9ress\u00e9 sur les mani\u00e8res de vivre dans la ville et le monde, Nicolas Sch\u00f6ffer publie des essais sur sa vision de l\u2019habitat dans une optique d\u2019interaction, il sollicite Maurice B\u00e9jart pour un ballet avec une sculpture programm\u00e9e, ou encore conceptualise une tour cybern\u00e9tique de 300 m\u00e8tres de hauteur \u00e0 proximit\u00e9 du quartier de La D\u00e9fense. \u0152uvre pouvant \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 un \u00e9l\u00e9ment de mobilier urbain, d\u2019apr\u00e8s les pens\u00e9es de Sch\u00f6ffer<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a>, <em>Chronos 8<\/em> est con\u00e7ue pour accompagner le quotidien. Selon les heures de pointe, elle se fait le m\u00e9tronome du quartier. S\u2019activant, refl\u00e9tant les lumi\u00e8res et le ciel, devenant une synth\u00e8se abstraite de l\u2019activit\u00e9 alentour. Plant\u00e9e sur sa pelouse du lyc\u00e9e polyvalent, l\u2019\u0153uvre n\u2019a jamais re\u00e7u les dispositifs lui permettant de fonctionner. Elle y demeure encore aujourd\u2019hui, immobile. Au coll\u00e8ge des Gondoliers, c\u2019est le franco-v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien Carlos Cruz-Diez qui installe une <em>Colonne chromointerf\u00e9rente <\/em>(Fig. 5). Longtemps parmi les artistes contemporains les plus importants au monde, Cruz-Diez propose un cin\u00e9tisme par la couleur et le regard des usagers. Il est interrompu seulement par une trame mobile de bas en haut<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. Parce qu\u2019un c\u00e8dre fut plant\u00e9 \u00e0 quelques m\u00e8tres, parce que personne n\u2019avait le protocole pour l\u2019entretenir, parce que non entretenue elle devenait dangereuse, parce que nul ne savait vraiment qui contacter pour avoir des r\u00e9ponses, l\u2019\u0153uvre fut d\u00e9truite en 2014, quand bien m\u00eame son existence \u00e9tait connue<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"764\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-6-Cruz-Diez-764x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1115\" srcset=\"https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-6-Cruz-Diez-764x1024.jpg 764w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-6-Cruz-Diez-224x300.jpg 224w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-6-Cruz-Diez-768x1030.jpg 768w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-6-Cruz-Diez-1145x1536.jpg 1145w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-6-Cruz-Diez-1170x1569.jpg 1170w, https:\/\/williamchevillon.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Fig-6-Cruz-Diez.jpg 1527w\" sizes=\"(max-width: 764px) 100vw, 764px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Fig. 5. La<em> Colonne chromointerf\u00e9rente <\/em>de Carlos Cruz-Diez au coll\u00e8ge des Gondoliers.<br>Clich\u00e9 de l&rsquo;auteur.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De telles situations soul\u00e8vent ce qu\u2019est l\u2019application territoriale des premi\u00e8res ann\u00e9es du 1 % artistique. Il convient de ne pas accabler, mais de comprendre dans la mesure o\u00f9 les responsabilit\u00e9s, si on peut les qualifier ainsi, sont partag\u00e9es \u00e0 plusieurs niveaux. Bien davantage encadr\u00e9, faisant l\u2019objet d\u2019appels publics \u00e0 candidatures, le dispositif a grandement \u00e9volu\u00e9 et les commanditaires sont mieux accompagn\u00e9s. L\u2019installation d\u2019\u0153uvres d\u2019art est d\u2019ailleurs de plus en plus li\u00e9e \u00e0 une d\u00e9marche croisant la m\u00e9diation aupr\u00e8s des publics, la sensibilisation des agents d\u2019entretien, voire la participation \u00e0 la d\u00e9finition du projet artistique. Avec cinquante ans de recul, et alors que l\u2019art public entre dans une phase tardive de patrimonialisation, il faut soulever combien le simple lien entre un architecte et un conseiller aux arts plastiques fut b\u00e9n\u00e9fique pour la ville. En sollicitant des cin\u00e9tiques majeurs, et en les croisant avec des artistes d\u2019autres domaines, Pierre Chaigneau et Ren\u00e9 Naulleau ont jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant et occupent une place de pionniers sur le territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis 1945, pr\u00e8s de 80 \u0153uvres ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 La Roche-sur-Yon, dans le cadre du\u00a0 1 %, de commandes municipales et de commandes publiques d\u2019\u00c9tat. Parfois d\u00e9cri\u00e9e, l\u2019\u0153uvre devient aussi l\u2019objet identitaire d\u2019une esplanade, d\u2019un quartier, d\u2019une \u00e9cole. Si le cas de La Roche-sur-Yon m\u00e9rite d\u2019\u00eatre abord\u00e9, c\u2019est qu\u2019il r\u00e9unit des artistes locaux, des figures internationales et des artistes nationaux. Un corpus riche et diversifi\u00e9 qui permet d\u2019en faire un exemple type de ce qu\u2019est l\u2019art public dans une ville moyenne en France.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Texte issu des <a href=\"https:\/\/www.histoire-vendee.com\/ouvrage\/vendee-territoire-dhistoire-histoire-dun-territoire\/\">actes du colloque universitaire de janvier et f\u00e9vrier 2025<\/a> \u00e0 l&rsquo;occasion des Trente ans du Centre vend\u00e9en de recherches historiques. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour citer cet article : William Chevillon, \u00ab L\u2019art public dans le territoire, d\u2019un marqueur identitaire et culturel \u00e0 un t\u00e9moin des mutations de la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, dans <em>Vend\u00e9e Territoire d\u2019histoire, histoire d\u2019un territoire<\/em>, La Roche-sur-Yon, Centre Vend\u00e9en de recherches historiques, 2026, p. 311 \u00e0 322.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> En prenant part aux discussions du samedi 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 2025, l\u2019archiviste d\u00e9partemental Cyril Longin a, de fa\u00e7on tout \u00e0 fait juste, relev\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une communication de documents et informations de la part des parties prenantes de chaque projets. Ce, \u00e0 des fins de connaissances et de transmission.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Le conseil municipal de Paris d\u00e9cide, en 1932, de souscrire un emprunt de 10 millions de francs permettant d\u2019agr\u00e9ger des \u0153uvres d\u00e9coratives aux constructions scolaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Marie-Laure Viale, \u00ab La cit\u00e9 scolaire de Saint-Nazaire (1953-1970), r\u00e9cit d\u2019un programme d\u2019\u0153uvres \u00ab 1 % \u00bb \u00e0 travers son r\u00e9seau d\u2019acteurs \u00bb, In Situ [En ligne], 32 | 2017.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Un chiffrage exact serait hasardeux dans la mesure o\u00f9 certaines sources n\u2019ont pu \u00eatre trouv\u00e9es et o\u00f9 certaines r\u00e9alisations examin\u00e9es par l\u2019\u00c9tat et les collectivit\u00e9s ont pu demeurer \u00e0 l\u2019\u00e9tat de projet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> William Chevillon, \u00ab Du pass\u00e9 faisons table rase ? 1965-1985, r\u00e9flexions autour de l\u2019identit\u00e9 architecturale de La Roche-sur-Yon \u00bb, <em>Recherches vend\u00e9ennes<\/em>, n\u00b0 25, Annuaire de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9mulation de la Vend\u00e9e et revue du Centre vend\u00e9en de recherches historiques, La Roche-sur-Yon, 2020, p. 431 \u00e0 442.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> 1700 habitants, entre le village et les lieux-dits, au moment de la fusion de 1964.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Entretiens personnels avec Ren\u00e9 Naulleau en date du 15 f\u00e9vrier 2012 et du 18 f\u00e9vrier 2017.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Catherine et Pierre-Ren\u00e9 Chaigneau (dir.), <em>Triade 68, C\u00f4tes de Vend\u00e9e, juin-septembre 1968<\/em>, Les Sables-d\u2019Olonne, mus\u00e9e municipal, 1968, 83 p.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Anecdote rapport\u00e9e dans une conversation du 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 2025 par le professeur Jean-Pierre Poussou, recteur de l\u2019acad\u00e9mie de Bordeaux de 1986 \u00e0 1989.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Yves Aguilar, <em>Un art de fonctionnaire, le 1 % : introduction aux cat\u00e9gories esth\u00e9tiques de l&rsquo;\u00c9tat<\/em>, N\u00eemes, \u00e9ditions Jacqueline Chambon, 1998, 314 p.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Moyennant \u00e9galement, d\u2019apr\u00e8s t\u00e9moignages concordants, un probable d\u00e9dommagement permis par le directeur Anth\u00e8me Legal.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> En urgence, le projet d\u2019Albert Deman est remplac\u00e9 par une \u0153uvre-jeu (aujourd\u2019hui d\u00e9truite) de Jean-Marie et Marthe Simonnet. Archives municipales de La Roche-sur-Yon, 107 W 138.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Correspondance personnelle avec \u00c9l\u00e9onore Sch\u00f6ffer en date du 15 ao\u00fbt 2012.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Archives nationales, 19880466\/76.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> La presse rel\u00e8ve alors une valeur estim\u00e9e de 200&nbsp;000 euros. Si ce chiffre est probablement en-de\u00e7\u00e0 de la valeur r\u00e9elle, du fait de la raret\u00e9 des \u0153uvres monumentales p\u00e9rennes de l\u2019artiste sur le territoire fran\u00e7ais, il convient de souligner que, une fois install\u00e9, l\u2019art public \u00e9chappe au march\u00e9 de l\u2019art et est inali\u00e9nable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>d\u2019un marqueur identitaire et culturel \u00e0 un t\u00e9moin des mutations de la soci\u00e9t\u00e9 Par William Chevillon, chercheur en histoire de l&rsquo;art Pr\u00e9sent dans le paysage quotidien \u00e0 travers sculptures, murs peints, tapisseries\u2026, l\u2019art public occupe une place en tous points du territoire national. 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