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Janvier, le temps s’étire

Le temps s’étire. Je regarde des documentaires sur la conquête spatiale après avoir écumé les archives de France Télévisions. J’y apprends que Michael Collins n’a pu voir qu’a posteriori ce qu’il s’est passé le 21 juillet 1969, trop concentré sur sa mission essentielle de pilotage et n’ayant pas d’écran de télévision à bord. Soit, on lui a enregistré et je ne sais pas ce que je ferai un jour de cette information, si tant est qu’elle me serve. Sans doute aurais-je pu dire à France Travail qu’il m’arrive de retenir des tas de données qui n’ont pas d’utilité concrète dans mon quotidien. Cela aurait été plus réjouissant que ma énième lamentation sur le calcul des indemnités et des carences et sur le fait que réparer ma voiture m’a coûté plus que de raison.

Le temps s’étire et j’attends. Cela me rappelle le moment où, il y a bien vingt-cinq ans, je devais surveiller, après un après-midi qui n’en terminait pas, le signal annonçant mon tour au cross intercommunal. Je me souviens assez clairement que j’ai brillamment fini troisième dans la catégorie qui m’était alors attribuée, celle des CM2 ayant redoublé. L’exploit accompli, j’appris en même temps que j’étais qualifié pour la finale départementale et que le quatrième concurrent de mon groupe avait simplement abandonné. Ainsi s’acheva ma carrière sportive brillante, mais brève.

Rare photo de moi en sportif et visiblement motivé à l’idée d’être sur un terrain.

Lorsque je dis que j’attends, je veux dire aujourd’hui, c’est évidemment différent. Je parle d’un signe du Centre national du livre, d’un message de l’ayant droit d’un artiste, d’une validation de l’université… tout ce qui fait qu’à un moment proche, la mécanique va s’activer, et peut-être se gripper, d’un instant à l’autre. Le livre sur l’art dans l’espace public est bien avancé et, pour la première fois depuis des années, je sens un vide que je n’arrive pas à compenser même si je fais beaucoup de choses, que les réponses frustrantes aux lettres de motivation ne parviennent pas à contredire.

Dans la ville, je change mes itinéraires. Je croise tout de même la dame de la laverie, celle qui a daigné me dire bonjour le jour où elle avait un service à me demander (service que j’ai rendu sans broncher), je revois le garçon blond sur sa trottinette électrique, je réponds au vieux monsieur qui parle de la pluie et du vent à tous ceux qu’il rencontre. J’identifie qui sont les personnages dont le corps urbain s’irrigue. J’en suis un sans doute. Dans son roman, Antonin fait remarquer que je parle de la ville comme d’un corps. Je ne parviens pas à la penser autrement. J’y vois des organes, des vaisseaux et des influx, tels ceux de ma carcasse. Je continue à faire le tour des remparts. Jérémie me taquine en me laissant entendre que c’est un support à ma mélancolie. Il a raison et, surtout, j’ai toujours besoin d’avoir la tête en l’air à observer les façades redessinées par le halo des lampes à sodium et le maigre reflet des caseyeurs sur l’immense surface noire de la mer.

 

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